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Articles

Affichage des articles du mars, 2013

Adira

Voix dans la nuit comme une serpe de lumière glanant l'amoureux par le devoir
mille fois éconduit. Adira pur esprit dans sa robe de chair dont la fente murmure à la fente de tous les hauts murs,
déjoue par l'écrit
la société des interdits.
Adira rebelle à bouche d'abeille déversant dard et miel  à la conque d'une oreille qui voudra bien l'aimer,
criant parfois à celle du ciel
et du Père
qui d'une brise légère,
d'un chant d'oiseau, vient encore l'apaiser.
Et puis tout au bout, longtemps après la chute
des barrières
le pas en arrière de l'homme qui au feu
ne se donne jamais.
Alors, Adira se couche et s'endort dans une tiédeur détestée.





La Chaise

La chaise qui fut branche, résonance d'ailes à venir et qui maintenant n'a que le silence pour se souvenir, la chaise hantée de volante neige de vent, de soleil, s'étonnant d'avoir été prise au piège d'un fixe sommeil, cherche à s'éveiller, à fuir de la chambre. -Je l'entends , la nuit, gémir à tâtons et toute se tendre vers l'ancien pays.

Anne-Marie Kegels extrait de "Rien que vivre".

Printemps

Il y a un peu de l'impatience
des fiancées
au matin du mariage
dans l'explosion soudaine
des fleurs du prunier...

***

René Barjavel écrivait:

"Jamais je ne m'habituerai au printemps. Année après année, il me surprend et m'émerveille. L'âge n'y peut rien, ni l'accumulation des doutes et des amertumes. Dès que le marronnier allume ses cierges et met ses oiseaux à chanter, mon coeur gonfle à l'image des bourgeons. Et me voilà de nouveau sûr que tout est juste et bien, que seule notre maladresse a provoqué l'hiver, et que cette fois-ci nous ne laisserons pas fuir l'avril et le mai.

Le ciel est lavé, les nuages sont neufs, l'air ne contient plus de gaz de voitures, on ne tue plus nulle part l'agneau ni l'hirondelle, tout à l'heure le tilleul va fleurir et recevoir les abeilles, les roses vont éclater et cette nuit le rossignol chantera que le monde est une seule joie. Tout recommence avec des chances neuves et, cette fois, tout …

Si peu de chose

Et si j'étais fragment de toi
si tu étais poussière de moi.
Si nous étions de la même étoile,
mon amour...
Si nos veines bleues charriait cet or
impalpable du firmament
dans ce fluide vermillon,
notre sang vieux de dix mille ans.
Si tu acceptais enfin d'être un peu mien
sans t'en trouver abâtardi,
si tu reconnaissais un peu ma chair
sur tes mains
ma peau sur tes paupières
ma chaleur sur tes reins,
si tu ouvrais tout grand chez toi:
quelle lumière!
Car moi je sais bien
que tu es fragment de moi
et que je suis poussière de toi
et que caressant mon sein
je touche le tien,
c'est ta chaleur sous mes doigts.
Ta vie est ma vie
et je n'en suis que grandie...

La Dérivante

Nom.Prénom.

Je n'étais pas désirée.

Ni par ma mère. Ni par mon père.

Au premiers jours de la fission, ai-je été détestée? Haïe si fort par mes géniteurs que leur ressentiment m'a marqué comme un fer rouge à travers membrane et placenta?

Nom. Prénom.

Pourquoi encore, parvenue au milieu de ma vie, suis-je incapable de les entendre et de les reconnaître pour miens. Ce patronyme arraché de haute lutte à un père qui a continué sa vie durant à me le dénier. Ce prénom auquel même ma mère n'avait pas songé et qui me fut jeté comme un os à un chien braillard au jour de ma naissance.

Comment pourrai-je les habiter?

Nom.Prénom.

Une ancre. Pour ne plus dériver.

Je vais mourir très loin de mes proches.

Parce que je n'ai pas d'ancre. Parce que je suis faite d'un courant d'air. Ma nature est d'être impalpable. Non pas invisible mais inconnue. Pire, je ne connais pas le langage, je n'ai pas les codes, ni les signes qu'il faut pour communiquer. Étrangère a lang…