Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du avril, 2013

Partage

Je suis une fieffée idéaliste. Il m'a toujours paru inconcevable de "vendre" de la poésie. C'est pour moi un effluve de l'âme non négociable et plus qui doit être exempt de tout mercantilisme. Je ne condamne nullement ceux qui espèrent en vivre, c'est leur choix. Le mien est le don.
Il y a deux ans poussée par mes amis, j'ai écrit ce recueil, l'ai mis en forme, cette petite approche de l'édition fut d'ailleurs passionnante, puis je l'ai publié en autoédition. Je n'ai évidemment rien gagné dessus, il s'est vendu au prix de l'encre et du papier. L'idée de partager ce recueil d'une manière absolument gratuite m'a longtemps turlupinée, alors voilà, si ça vous dit de lire "Voyage en rond" (le titre est une référence à Andrée Sodenkamp) il est en lien en-dessous. C'est la première fois que j'essaie de partager via google doc donc il se peut que les liens ne fonctionnent pas, si tel est le cas, dites-le …

Conte soufi de l'Unicité: Moi...c'est Toi.

Un homme vint frapper à la porte de son aimée.

Une voix demanda à l'intérieur: Qui est là?

L'homme répondit: C'est moi!

La voix dit alors: Cette maison ne peut nous abriter tous les deux.

Et la porte resta close.

Alors l'amant s'en alla dans la solitude.
Il jeûna et pria. Un an plus tard il revint.

Il frappa à la même porte mais plus doucement.

La voix demanda: Qui est là?

L'amant répondit: C'est Toi.

Alors la porte s'ouvrit.

Ma petite pierre

Ne pleure pas ma Belle
ne désespère pas: il reste le soleil.
Bien sûr le corps malade, la souffrance
et le ciel encombré
de tant de peurs, d'ombre et de recoins
où le pire peut se cacher.

Bien sûr...mais l'été.

L'abeille de miel sur la fleur dorée,
et l'air si doux sur nos pauvres plaies.
Ne pleure pas mon Coeur, ma douce belle
tourne-toi vers le jour,
que l'ombre soit derrière,
je suis là forte de mes faiblesses,
je fais front avec toi,
je passe la première.
Apprends de ta mère la patience de l'eau
qui mange le roc, celle du ciel
qui a raison de l'eau, et surtout
reçois la tendresse de mes doigts
sur ta joue
et si elle ne te guérit pas
qu'au moins elle te fasse un instant plus légère.

Ne pleure pas ma petite pierre
si lourde parfois dans mon sein,
j'ai cet inouï courage des mères
d'être ton air, de te porter encore au dehors de moi
quand le monde entier nous fait obstacle,
que la douleur est ta noire maitresse.

Ne pleure plus mon Coeur, reg…

Reflux

Je ne cherche plus des yeux
l'écueil de ses mots,
je ne suis plus dressée, toute ma sève tendue,
à guetter le timbre sombre
ce glas de sa voix
dans les lointains échos.
J'ai désuni mon front
du plus tendre mirage,
d'un rêve qui allait claudiquant
parce qu'amputé
de la moitié de son âme.
Je me suis détournée, j'ai retiré mon coeur,
mes jambes l'ont suivi
fait trois pas en arrière.
Ma bouche a quitté la bulle d'opium
où doucement, je respirais
où doucement je mourais.

Mais j'ai trop brûlé pour m'éteindre enfin sage,
je suis désormais l'âtre où crépite la flamme.


2013


Voilà

Voilà comment l'amour finit sans pleurs sans bruit sans cri.
Irrésistible mais calme glissade
hors d'un rêve éveillé.

Voilà comment finit l'amour
débarrassé de tout,
vidé des peurs cabrées comme des chevaux fous
et de la cécité des mots.
Redevenu lui-même, léger, transparent
aérien
le voilà qu'à nouveau il s'élève, se déploie
dans le tendre matin.

Le ciel reprend toute la place laissée entre elle et lui, de grands aplats de bleu et la joie par dessous, dont le front clair pointe en soleil démasqué. Un sourire hésitant se dessine au visage, encore mal assuré, craintif comme un faon que la ronce a blessé. Le coeur s'accepte enfin convalescent,
un peu vide un peu creux mais la joie par dessous, vient pour tout soulever.
La joie qui est dans tout, même le vide et le bleu...





2013

Je peux souffrir ainsi

Je peux souffrir ainsi que vos calmes bourgeoises
Avec la lèvre dure et le buste bien droit.
Je mettrai ma douleur ardente sous la toise.
Les larmes du désir sécheront sur mes doigts.

J'ai plus crié d'amour que de douleur extrême.
Si celui-là qui part un jour se retournait,
Je veux qu'il puisse voir un front levé de reine
Où de calmes cheveux lentement blanchiraient.

Qu'il ne touche jamais sous le raide corsage
Le sein où tant de feux sont à demi-gelés!
Et qu'il ne puisse voir trembler sur le visage
Ma bouche comme un fruit à demi descellé!

Car tout irait alors dans l'ardeur et la flamme.
Comme j'appellerais dans mes anciens brasiers!
Sur ma chair soufflerait la fureur de mon âme
Et je fondrais au vent comme un tronc calciné.


Andrée SODENKAMP extrait de "Les dieux obscurs"