Accéder au contenu principal

Pastel




Ta voix s'étiole en moi.
Ce matin j'ai pleuré sur ce qui s'éloigne
pour mourir tout à fait,
des larmes claires de source.
Je me sens comme ces pâles créatures
qui chantent sous la lune un amour incertain
et meurent avec le matin,
à jamais ignorées.
Ta voix n'est plus qu'à peine un murmure
mangé par la foule qui te tient
au charme de son sein.
Ton visage se déforme lentement
comme fumée faseyant
dans l'indécision du vent.
Ta voix s'étiole en moi
ce matin j'ai pleuré
sur tout ce qui n'a pas été. 

2014



Commentaires

  1. Toujours aussi beau de te lire.

    Et puis en plus tu m'apprends un mot : faseyer.

    Merci. :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Cédric, oui c'est un beau mot que j'ai moi-même appris chez George R.R.Martin dans la saga du "Trône de fer". La traduction est de qualité et j'y ai retenu quelques mots très inusités.

      Merci d'être passé :)

      Supprimer
  2. Te lire est toujours une saine et émouvante occupation de mon temps trop compté. Aujourd’hui, ainsi que Cédric, j’apprends ce joli verbe que j’ignorais (il y en a tant !) : « faseyer », parfaitement à propos dans ce joli poème « pastel », empreint d’une douce transparence, où les sentiments dont les contours sont parfois si durs, sont ici comme observés au travers d’un filtre dépoli qui en révèle toute la subtile mélancolie. Puisse tout ce qui sera t’inspirer avec autant de bonheur que tout ce qui n’a pas été ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cher David, le plaisir est pour moi. Quelqu'un a écrit qu'écrire c'était inventer. Et moi je brode beaucoup, il me suffit de suivre un fil un peu mélancolique pour que les mots bleus viennent. J'ai toujours un début d'année lent et gris, je ne sais pas trop pourquoi. Je n'ai pas vraiment de regrets mais des lourdeurs dans l'âme...

      Bise mon âmi. :)

      Supprimer
  3. La mienne d'âme est vide des excès de mon corps. Ce qui ne l'allège pas pour autant. Alors je viens boire à la source de tes mots et la voilà qui faseye, incertaine mais confiante...
    Mille bises pour l'an neuf en attendant le renouveau qui ne va pas tarder à te faire sourire

    RépondreSupprimer
  4. Les chinois ont pour coutume de se souhaiter "longue vie". Alors voilà ce que je te souhaite mon Marmot: Longue vie. Et douce vie. Et merci pour toute la tendresse et les mots partagés qui sache-le me font toujours du bien tant j'ai l'impression que tu es la seule âme contre laquelle je puisse me pelotonner. En paix. La seule oreille qui m'entende sans me borner, sans me morigéner. le seul coeur enfin, qui m'accepte comme je suis, c'est à dire très imparfaite. Tu sais que je pense ce que je dis, pourquoi diable en serait-il autrement? Je suis d'ailleurs, selon certains bien trop bête pour être manipulatrice n'est-ce pas ;)

    Je t'embrasse et va bien, tu me feras plaisir :*

    RépondreSupprimer
  5. Tu m'es apparue dans un troupeau de vaches en septembre 2009. Ca m'avait amusé et j'ai remonté le courant de tes textes de l'époque. Et j'ai ressenti aussi ce lien d'âme. Et ça dure.
    Mais je suis navré d'apprendre que tu as un QI lamentable ce qui rabaisse toute mes prétentions:-) Je suis sûr cependant que tu pourrais être intellectuellement une excellente manipulatrice mais ton coeur ne suivrait pas. Je vais toujours bien et ce n'est pas du Coué! Biz

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Fille du non-vouloir

Petit haricot de cellules tourbillonnantes qui a grandit dans un océan de larmes en guise de liquide amniotique, voilà le fond de tristesse qui clapote en son âme. A travers l'épaisseur de la chair a t'elle senti les coups ? Par le cœur de sa mère a t'elle entendu les injures ? « Putain » disaient-ils en choeur en insultant une vierge. Enceinte certes, mais vierge.
Le secret dévoilé au bout de tant d'années d'incompréhension et de douleur. L'ignorance des jeunes de cette époque-là, tout se résumait à cela. Parce qu'on ne parlait pas de « ça » en ce temps-là.

Quarante ans de bagne à traîner un boulet plus gros qu'elle.

Et tout enfin, se mettait en place, toutes les pièces du puzzle. Tous les détails s'assemblaient pour dresser le portrait de la bêtise crasse. Le regard bleu glacé de colère méchante du père, comme une guerre froide face à l'innocence de ce petit visage. Son cœur à elle qui ne comprenait pas pourquoi. Et qui tentait encore et …

Des mots qui volent tout seuls...

Si j'avais dû voler des mots, j'aurais volé ceux de Christian (Bobin) ou ceux de Andrée (Sodenkamp) qui m'ont si bien nourris,  et ceux de quelques autres qui m'ont un jour transpercée, puis ont fait en moi des petits.

J'aurais volé des mots étincelants de lumière, aussi beaux que le matin. J'aurais volé la profondeur et l'altitude, j'aurais volé la clarté et le sens.

Mais plutôt que des mots si j'avais dû voler quelque chose, j'aurais volé un coeur.

Voire, une âme.

Mais je n'ai jamais rien volé. Si j'ai volé quelqu'un ce n'est que moi-même. Ma muse c'est moi. C'est ma voix intérieure. Rien ne me vient de l'extérieur que je n'ai ré-inventé, re-crée. Cela me parait tellement évident. On ne parle jamais que d'un autre que l'on invente, interprète, un autre déformé, un Autre autre. Comme l'écrivait Christian Bobin: "L'homme dont je parle dans mes livres n'existe pas". De même, l'hom…

D'un monde à l'autre

J'ai rêvé de Paul cette nuit.

Mes parents m'annonçaient cette incroyable nouvelle:  Paul était à nouveau vivant!

A nouveau j'avais dix-sept ans. Je courais chez lui le coeur battant, sonnais à la porte de la maison rose de ses parents. Cécilia, sa soeur, m'ouvrait. Elle rayonnait: "Oui, c'était bien vrai, Paul était de retour parmi nous." C'était un miracle. Un vrai miracle.

Puis Paul passait derrière sa soeur, me souriait sans s'arrêter. Sans me reconnaître.

L'incrédulité et la stupeur, une joie, un espoir immense m'envahissaient alors. Une affreuse angoisse aussi. Quelque chose avait changé. C'était pourtant bien Paul. Ses boucles châtains se balançaient encore de chaque côté de son beau visage qu'aucun gros fil chirurgical ne raccommodait pour le rendre présentable à ceux qui avaient eu la lourde tâche de lui survivre. Son sourire était ce même sourire irrésistible que celui "d'avant". Paul souriait et le monde ro…