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Des longues saisons



Nous avions des étés
qui nous brûlaient le front
et des hivers
qui nous brûlaient les mains.

Les saisons étaient amples
et profondes,
nous les habitions pleinement
comme si nous avions
le temps.

J'aimais les étés et mes pieds
dans la moindre flaque,
les blés si blonds bercés
par le Mistral
et les orages qui finissaient
la tête contre la montagne.

J'aimais l'hiver blanc et dur
sous la botte remplie de paille,
nos visages rouges et ce froid
qui ne nous empêchait pas
de battre la campagne.

L'automne fleurait le sexe
dans ses sous-bois humides refermés
sur les chaleurs d'été,
c'était un faune tout ruisselant de bronze
et d'or, le printemps, la nymphe rose
qu'il poursuivait.

Tout était si beau
du temps des longues saisons.

Nos mains devenues adultes,
inconséquentes
ont brouillé les couleurs du tableau.
Les saisons s'effacent
et passent,
de plus en plus rapides, sans force
dans des couleurs liquides.

Le printemps ne sait plus en quel mois
il habite, il fleurit en mars
et se meurt sous la neige d'avril.
L'été ne caresse plus ses fruits,
l'automne a perdu sa fête virile.

Nous voici par notre faute, tous punis
par un temps presque uniformément gris
de saisons qui transitent sur la pointe
des pieds, en catimini...



2014

Commentaires

  1. Tu le dis si bien, Désirée... J'éprouve le même sentiment, moi qui aime tant les longues ballades au coeur de la nature, quelque chose n'est plus pareil. Ce pourrait être notre regard un peu fatigué qui aurait perdu de son acuité. Mais malheureusement pour nous, et encore plus pour les générations futures, ce n'est pas ça.

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  2. Oui, je me suis posée la question de notre mémoire qui a tendance à magnifier nos passés, mais non, on a bien cassé quelque chose. Quelque chose d'essentiel je le crains. Je suis si souvent saisie de peur pour nos enfants, nos petits-enfants, nous n'avons rien fait pour empêcher le drame qui se joue déjà et va se développer dans les prochaines années. J'ai encore espoir cependant, il y a des poches de résistances. Suffiront-elles? je l'ignore. Mais je garde une étincelle d'espoir...

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