Accéder au contenu principal

Paul

Alexander Jansson




        C’est là qu’il l’amena. C’est là qu’ils apparurent.

Sur le ruban violet du chemin des collines, celui qui était si blanc à midi. Celui qui courait en travers de son coeur jusque chez ses grand-parents choisis.Le chemin de son enfance à elle.

Ils étaient debout face à face. C’était l’été, le crépuscule. Il avait de l’or plein le front, elle portait une couronne de rubis dont les reflets ruisselaient sur ses joues et ses épaules. Ils ne faisaient pas partie du paysage : ils étaient le paysage.

Ils étaient le monde.

Il était toujours aussi beau, éternellement jeune dans ses boucles. Elle avait encore seize ans.

Il n’était pas encore perdu. Etait-il jamais parti ?

Au fond, il n’avait fait qu’un pas en avant et avait disparu de l’autre côté du miroir. Il était mort ici, vivant là-bas. De l’autre côté du miroir. Elle vivait sa vie, continuait à vieillir de ce côté-ci. Mais elle l’appelait sans cesse, son sang l’appelait sans cesse, sa chair hurlait le froid de l’absence, son âme chantait comme une sirène pour l’attirer. Et parfois, il entendait ses cris, même là-bas. Alors, il revenait la consoler en passant par la seule porte possible : celle des rêves.

Ils étaient debout face à face. Chacun habitant le corps de l’autre, et le sien en même temps. Ils demeuraient immobiles, tendus telles deux flammes souriantes dont le feu se courbait irrésistiblement vers l’autre.Elle entendait le vrombissement de l’incendie en elle, elle savait quelle grande et belle chaleur elle dégageait quand elle était auprès de lui. Même si elle se sentait comme une ombre qui léche le soleil.

Il buvait son visage levé, il était si grand elle était si petite. Elle l’adorait dans la souplesse mordorée de ses boucles déliées, le modelé puissant de sa bouche. Il ne l’avait jamais embrassée. Ils n’avaient pas eu le temps.

Mais cette nuit-là, il se pencha. Doucement.

Et son baiser fut plus qu’un baiser: ce fut un sceau posé sur la page blanche d’un amour silencieux. Pour le sanctifier. Pas un sceau rouge, une souffrance de cire, non : un sceau de neige. Blanc.Léger. Pur.

Elle ferma les yeux et fut projetée instantanément dans ses seules lèvres. Elle n’était plus que la douce peau de ses lèvres contre la douce peau de ses lèvres à lui. L’attente pris fin, ils étaient enfin réunis.Cela dura une éternité, quelques secondes de joie absolue.

Puis, le voile se déchira juste entre leurs deux bouches.

L’aube une fois de plus les avait séparé...

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Fantasme et fantaisie

Imagine que ton plus grand fantasme ce soit de te voir servir au matin quand tu te réveilles, un énorme croissant - mais énorme hein, une viennoiserie maousse costaude - tout chaud, avec cette petite croûte dorée croustillante et cette senteur délicate, appétissante de beurre frais qui vient te chatouiller les narines, faire de tes glandes salivaires les chutes du Niagara ou du Zambèze (qui baise pas malgré son nom). Un fantasme si jouissif que tes papilles en fondent de désir tel le beurre dans la poêle à frire...

Bon. Imagine maintenant qu'un matin tu te réveilles parce qu'on sonne à ta porte. Tu ouvres et c'est ton fantasme (comment il a sonné? Avec l'une de ses "pointes" tiens pardi!) Tu es au bord de la pâmoison devant sa "chair" (c'est un croissant n'est-ce pas, pas une côte de boeuf!) soudain incarnée et il est tout comme tu l'avais imaginé: il sent bon et sa dorure te fait de l'oeil. Tu déglutis les chutes du Zambèze dans to…

Fille du non-vouloir

Petit haricot de cellules tourbillonnantes qui a grandit dans un océan de larmes en guise de liquide amniotique, voilà le fond de tristesse qui clapote en son âme. A travers l'épaisseur de la chair a t'elle senti les coups ? Par le cœur de sa mère a t'elle entendu les injures ? « Putain » disaient-ils en choeur en insultant une vierge. Enceinte certes, mais vierge.
Le secret dévoilé au bout de tant d'années d'incompréhension et de douleur. L'ignorance des jeunes de cette époque-là, tout se résumait à cela. Parce qu'on ne parlait pas de « ça » en ce temps-là.

Quarante ans de bagne à traîner un boulet plus gros qu'elle.

Et tout enfin, se mettait en place, toutes les pièces du puzzle. Tous les détails s'assemblaient pour dresser le portrait de la bêtise crasse. Le regard bleu glacé de colère méchante du père, comme une guerre froide face à l'innocence de ce petit visage. Son cœur à elle qui ne comprenait pas pourquoi. Et qui tentait encore et …

Souffle

Et puis il y a des relations étranges, rares, où c'est beaucoup plus qu'un lien qui se noue. Des relations qui sont des évidences, une reliance que l'on perçoit en soi très profondément. Et dont on arrive pas à se défaire. C'est bien au-delà du corps, c'est un noeud de l'âme.

Avec cette personne (parce qu'elle est unique) vous pouvez enfin PARLER. De ce dont vous ne pouvez pas parler avec les autres, tous les autres. Même ceux qui vous sont proches. La relation pourtant est difficile, perturbée par les blessures de l'un et de l'autre. Jusqu'au moment où le parasitage est trop important, trop prégnant, que le doute s'insinue et pour retrouver la paix vous vous réfugiez dans l'absence. De là vous continuez à parler à cette âme-soeur parce que le dialogue ne peut plus s'interrompre dans cette vie. Vous lui parlez à travers les poèmes, vous lui parlez d'air et d'eau, de lumière. Vous quittez votre "petit véhicule" pour…