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Hyperconscience








C'est dans la peau.

Dessus et dessous. C'est comme de l'électricité qui court sur la peau, et dessous, plus profondément, dans la chair. On sent avec la peau, avec la chair, avec tous les atomes amalgamés et sensitifs. Tout. Les autres. Le monde. Les changements infimes dans l'air, le basculement de l'hiver dans le printemps, le chant des roses et des pâquerettes, la pensée du chat et celle de l'oiseau.

Ça commence sur la peau, puis ça pénètre, ça traverse et on est sans défense contre ça, cette invasion. C'est comme être traversé par une lance tranquille qui percerait sans aucun effort, sans aucune violence, toutes les défenses autour d'un royaume intérieur. Une lance dont la trajectoire jamais ne se courberait pour finir par tomber au sol, dont la vélocité serait constante, régulière. Le royaume n'a pas de fin, pas de frontière. A l'intérieur de nous, l'univers. Et plus encore, tellement plus. Le monde à l'intérieur de nous est hors de notre compréhension, hors de notre capacité à limiter, circonscrire, cartographier.

La lance disparaît, mais la trace demeure, le sillage. Le monde au dedans est. Il n'a pas besoin d'être expliqué, juste perçu. Et quand on le ressent c'est tellement grand qu'on ouvre instinctivement les bras. Évidemment ça ne sert à rien...on ne peut contenir plus qu'un univers.

L'on pourrait croire que notre enveloppe charnelle est la limite, mais c'est une erreur de point de vue. Notre corps est "dans". Et notre royaume intérieur est aussi "dans". Quelques atomes agrégés entre eux ne font pas un réceptacle étanche, nous sommes de grands poreux. Nous croyons être. Mais notre vide sasse le vide. La réalité n'est que la surface du rien qui est tout.

"Au monde". Cette expression me colle à la peau. Je suis entièrement contenue dans ces deux mots. A chaque seconde traversée, bombardée par tout ce et ceux qui m'entourent. Avec une seule certitude autour de laquelle je me maintiens tant bien que mal: c'est l'amour qui lie tous mes atomes.

Seul l'amour compte. Tout le reste est sans objet. La culpabilité, le péché, la peur, la peur, la peur, même éros ne compte pas. Il n'est que le petit escabeau en bois doré pour monter se nicher plus haut. Un petit plaisir pour en atteindre un plus grand, un de l'ordre de la dilution heureuse. Mais tout au fond, la seule évidence:

Seul l'amour compte.

Commentaires

  1. Bonjour Dé,

    C’est étrange que tu écrives à propos de la peau, parce qu’en ce moment je lis « Respirer l’ombre », des écrits de l’artiste contemporain italien Giuseppe Penone (formidable) ; et il me semble que dans sa vision, notre peau est en quelque sorte la frontière du monde, elle l’enveloppe, c’est à travers elle que nous le percevons, nous incrustons en lui. Autrement dit, nous sommes l’en-dehors du monde, ce qui ouvre une nouvelle perspective vertigineuse dans notre rapport à ce qui nous entoure ! Car de ce point de vue, ce n’est pas le monde qui nous pénètre mais nous qui le pénétrons – et d’ailleurs souvent le blessons ! En somme, nous jetons la lance dont tu parles ! Et, à contrario, ce qui vient du monde, et qui nous pénètre, en fait s’évade en nous comme fumée dans l’air. Car en réalité nous ne sommes que du vide ! Avoir cette conscience de n’être qu’une bulle vide, qu’un « autre », plein, pourra remplir, peut-être est-ce cela l’Amour ?

    Bises :-)
    David

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    Réponses
    1. Hello David :) C'est un point de vue intéressant qui offre pas mal de perspectives tu as raison. Je ne connais pas ce peintre je vais aller jeter un oeil voir ce que dit gougoule. C'est un thème récurent chez moi cette histoire d'atomes et de vide, Barjavel dans "La faim du tigre" en parle longuement et il m'a convaincue de la réalité de la chose il y a fort longtemps. Alors à partir de là notre peau est une piètre frontière, et je nous vois comme de l'eau dans l'eau ou comme ces méduses qui volent dans les océans, si peu de matière solide délimite l'espace entre leur dedans et le dehors...mais je me répète c'est intéressant ce que tu écris là. ;)

      Bise

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  2. Bien sûr mon amour!

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  3. Reviens dans quelques jours, j'ai un truc sur le feu. Bise

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