Une autre boxe du silence






En arriver à mentir pour dissimuler sa bienveillance. Sa bonté. Prendre le parti de la moquerie pour ne pas montrer ce coeur que, mon dieu, nul ne saurait voir. Cacher toute sa beauté intérieure, ce jardin dont rien n'est défendu mais caché par obligation face aux ravageurs. A ceux qui parlent trop fort et jugent trop tôt.A ceux qui ont eu mal et qui ne savent plus donner que ça en retour. A ceux qui ne savent plus que donner des coups de canif dans la poitrine de ces autres qui ne se défendent même pas. Plus. A quoi bon? Ajouter de la violence à la violence. Laisser faire, abandonner le corps qui gémit sa douleur d'être imbécilement attaqué et fuir par le haut. La meilleure défense ce n'est pas l'attaque: c'est l'accueil.

Celui qui s'élève est intouchable.

Alors mentir, mettre du gras et de la crasse sur ce qui est étincelant pour en dissimuler l'éclat. Assourdir les couleurs, salir de gris les plus doux penchants de l'âme, parce qu'on vous décide ridicule d'être ainsi fait. Bon. Qui rime forcément avec "con".

Mais j'ai choisi mon combat. Avec la plume et la voix, l'air de rien et dans la plus extrême lenteur, ne rien bousculer qui donnerait l'alerte. User d'une ruse suave- la grande douceur- remettre les cris à leur juste place: celle de l'impétueuse bêtise. Faire plus que montrer la nuance, être la nuance. Le camaïeu qui ne condamne aucune couleur.

Et à la place des coups, offrir un oiseau.




ps. Je pratique depuis une année le Tai Chi Chuan. On l'appelle aussi "Boxe du silence".

8 commentaires:

  1. Oui, Désirée, la seule voie possible c'est d'ouvrir son coeur et sa conscience vers une dimension
    spirituelle supérieure.
    Le Monde est dans l'état que nous constatons parce qu'il est de bon ton de rendre coup pour coup,
    de montrer que l'on est le plus fort et que l'on peut en imposer alors que la Terre n'est même pas une tête
    d'épingle à l'échelle du Cosmos.
    Il faut donc tourner son énergie vitale vers l'Amour et les postures positives.
    Je te fais des 热烈的亲吻
    Renaud

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cher Renaud, oui se tourner vers ce qui est positif même si c'est de plus en plus difficile, avec à la clé ce sentiment que l'être humain ne changera jamais et qu'il est foncièrement mauvais à quelques pauvres exceptions près. Je t'avoue que j'ai de plus en plus de mal avec mes "frères humains" qui le sont si peu "frères". C'est pas gai ce que j'écris, et peut-être que je suis plus profondément impactée par l'ambiance générale que je ne le devrais. Mon problème étant sans doute une empathie un peu trop grande qui signe ma fragilité.

      Je t'embrasse, merci d'être passé cela me fait toujours grand plaisir, et le plaisir est rare :)

      Supprimer
  2. Magnifique texte, belle posture... je comprends, agrée et ressens très bien tout ce que tu dis là, chère Désirée.
    Depuis quelques mois, j'ai la chance d'avoir un jardin, et je pratique intensément, passionnément. Dans le silence tout relatif de mon petit paradis, ne rien bousculer, écouter, observer ce qui pousse, accueillir tous les miracles, plonger les mains dans la terre et se laver de toutes les éclaboussures vulgaires et imbéciles jusqu'à les oublier.
    Sentir que l'on fait partie de ce qui vit.

    Je t'envoie toute ma tendresse verte !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chère Cath, je suis tellement en accord avec ce que tu dis, et là je me dis que c'est peut-être cela qui me manque: le lien à la terre. Il faut que j'aille me ressourcer dans les bois!

      Bise et merci d'être venue jusqu'ici :)

      Supprimer
  3. Salut Désirée !
    Je devrais peut-être essayer de pratiquer ton Tai Chi Chuan tiens... Je me suis aperçu cette dernière année que ma tendance allait nettement à la misanthropie : les imbéciles me deviennent insupportables, j'en finis même par éviter les journaux et tout ce qui fait l'actualité, tant on n'y voit que ça, de la connerie ! C'est pas la meilleure solution, je m'en rends bien compte, et ça me rend pas forcément plus heureux. Je me rattrape sur les belles rencontres et les bons moments, où là, j'arrive à oublier comment tourne le monde des humains, à faire cette fameuse abstraction que je n'ai jamais su maîtriser...
    L'ennui, avec notre petit quotidien, c'est qu'il arrive par période à nous mettre la tête dans sa mouise, à nous la plonger si bien qu'on ne voit plus rien de beau autour. Et c'est pas de savoir qu'on marche à côté de ses pompes qui influe de beaucoup sur les tendances négatives. Dans ces moments-là, de plus en plus, je la boucle, je dis plus rien, ni n'écrit, ni que dalle : je me plonge dans un bouquin, je ferme la boutique et basta ! Au bout d'un moment, à l'occasion justement d'une belle rencontre ou d'une soirée réussie, ça va mieux, ça me remet la patate, recharge les batteries, et j'ai de nouveau une armure suffisamment belle pour me frotter au monde.
    Ce qui me fout plutôt la trouille, c'est d'imaginer qu'un jour, je pourrais tomber dans l'excès négatif. Tout envoyer paître définitivement, être blasé de tout, n'avoir plus envie de rien. Mon père a fini sa vie dans cet état, à végéter de vieilles rancœurs, des colères indicibles, de la mélancolie de pétrole comme un goéland dans la marée noire. Tu pouvais plus l'en faire sortir : tout ce que tu lui proposais, en gros, ça l'emmerdait, il arrivait plus à s'intéresser. Je me demande encore aujourd'hui si c'est un truc qui a cassé quelque part, une baisse de watts qui s'est plus jamais rechargée. Evidemment, effet de miroirs générationnels, je flippe un peu à me dire que je pourrais suivre la même pente, et donner à mes gamines le même spectacle. C'est pas rassurant. Reste à faire comme on peut pour garder l'énergie suffisante pour remonter à la surface. J'ai pas tellement de béquilles pour ça, je compte sur la sagesse qui nous est impartie, plus ou moins, qui m'a pas mal aidé dans la vie. Faudrait que je me remette à la méditation : fut un temps où j'avais pas mal exploré par là, et ça m'avait aidé. J'arrivais pas vraiment à tout bloquer, tout mettre en silence et n'avoir plus à l'esprit que le flot du sang et le souffle de la respiration, j'ai fait des petites échappées je dirais, et c'est vrai que ça fait un bien fou. Mais faut s'y appliquer plus régulièrement pour progresser et que ce soit réellement bénéfique, de façon durable...
    Tiens, aujourd'hui, premier jour de vacances ! Ce serait l'occasion de m'y remettre un peu...
    Mes bises à toi, belle plume ! T'as toujours une encre d'une grande humanité, qui fait plaisir à lire. Je viens pas assez souvent !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Salut Bifane :)

      Je te lis et je me dis qu'on se ressemble beaucoup finalement. Que l'on réagit beaucoup de la même manière. Que toi aussi tu as ton "fond de tristesse", et que tu luttes pour ne pas y boire la tasse plus souvent qu'à ton tour. La méditation oui ça aide. Déjà le coeur s'apaise, le corps/esprit se détends en profondeur alors ça allège. Dans le tai chi la gestuelle en elle-même, bien que d'origine martiale, à quelque chose de très libérateur. Je perçois moins mon tai chi comme un art martial d'ailleurs que comme une danse énergétique. Pratiquer me remets d'aplomb si je puis dire. Même ma soeur qui pratique avec moi le dit, on se sent drôlement bien après un cours. Je ressentais la même chose en faisant du hatha yoga autrefois. C'est comme une paix immense qui descends en toi quand tu pratiques, peut-être parce qu'alors on se relie à quelque chose d'invisible. Je ne sais pas, je n'ai pas la prétention de savoir quoi que ce soit (j'ai d'ailleurs de plus en plus de mal à supporter les bouffis de certitudes qui affirment "ceci est ceci" quand le simple bon sens me souffle que personne ne sait quoi que ce soit de ce monde).

      Ce n'est pas le quotidien qui me pèse, je dirai qu'au contraire la routine me rassure, me permets de m'asseoir dans le monde pour le contempler et parfois en saisir fugacement les arcanes magiques. J'ai je crois besoin d'une "base" sûre et relativement solide pour élever mon débat. Cette base m'est apporté par mon époux, mes enfants. Ce calme familial me permets d'écrire entre autre. Mais parfois comme là depuis pas mal de semaines, je suis trop bousculée par les cris du monde, perdue dans le noir pour retrouver un brin de lumière et écrire de la poésie...

      Merci Bifane pour mon "encre de grande humanité" ça, ça me fait vraiment plaisir tant on m'a dit sur le net que j'étais méchante et stupide...

      Supprimer
  4. "Méchante et stupide!" Heureusement que je ne suis jamais tombé sur un de ceux là parce que je le Nic oh!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ^^ :) <3 Merci Don Quixote. Votre chère DulciDez

      Supprimer