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Créature


M.S Nevado





On vous dira

Que je suis un monstre. Une créature cruelle.
Un jet de napalm jailli d’entre les cuisses de l’enfer.
On vous dira que mon cœur est démoniaque,
Qu’il est irrigué de fiel, qu’il n’est pas de chair
Que son battement n’est que l’inquiétant tic-tac
Des rudes rouages d’une machine atrabilaire.
On vous dira, que je suis une femelle irrationnelle
Qu’il faut craindre mon pire quand plissent mes paupières,
Et que mon sourcil s’arque d’un tic félin.
On vous dira encore, que mes larmes sont celles des sauriens,
Que mes mains brûlent, que mes doigts de velours
Tranchent et détaillent tout ce qu’ils touchent,
Que ma langue est si dure, que s’y fendent les mots d’amour,
Et que mes vers tuent, parce qu’ils font toujours mouche.

Croyez-le.

Croyez les bons samaritains de l’ordre et de la norme
Ils disent mon chaos, leur peur de mon désordre,
La passion qui a fui le morne, le vide de leur corps
Car elle ne peut plus rien pour les hommes déjà morts.

Ce qu’ils ne diront pas, c’est tout ce qu’ils ignorent
Ce que leurs yeux crevés, ne pourront jamais voir.
Ce qu’ils ne diront pas, c’est bien qu’à chaque aurore
Je me dresse l’âme bleue toute lavée du noir.
Et que le Grand Principe m’a fait tellement immense,
En me taillant d’une pièce au pan de son manteau,
Déposant sa parole au creux de mes silences
Que face à l’arbitraire, mon cœur demeure flambeau.
.
.
Alors, au juste que m’importe d’être haïe des cloportes,
Des zoïles aux dents nues claquant vaines au vent.
Leurs malédictions sont coquilles que l’onde folle emporte
La Créature a pour elle, les parfums d’oliban.
.
.

2007

Commentaires

  1. Désirée, Ah les "On-dit", Ah "selon les On-Dit", certains "Ont dit que", le "Qu'en dira t'on" etc.....
    La rumeur circule, s'amplifie, se fait écho à elle même, sans avoir de substance réelle.
    Il faut t'en foutre et contre foutre car moi je dis que ton écriture est belle, forte, même parfois envoûtante
    et qu'elle dénote une personne sensible, attachante, franche, directe, en quête d'idéal et qui
    me plaît.
    Continue à nous offrir tes révoltes et tes besoins.
    En toute amitié
    Renaud

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hello Renaud :) Certes il faut laisser la rumeur passer au-dessus de nos têtes ou à sa plus juste place: le caniveau. Sauf que là, je l'avais lu de mes propres yeux donc ce n'était pas une rumeur mais une affirmation infondée. Dire que je ne sais pas ce que c'est que l'amour! J'en tombe encore à la renverse ;)

      Tu me fais rougir avec toutes ces qualités que tu me prêtes, mais pour la quête d'idéal ou j'admets que c'est juste. C'est peut-être le noeud de bien de mes problèmes ça, quêter un idéal, aspirer à l'absolu dans un monde qui a perdu tout idéal à de rares exceptions près...

      Cher Renaud merci

      Bises amicales

      Supprimer

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Compte à rebours

Ô Mère.

Pendant qu'on t'assassine
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pendant que disparaît ta musique d'abeilles,
que le silence tombe sur la Terre
comme sur un cimetière,
avec tous les autres, je fais bonne figure.

J'écris l'amour pour assécher le désespoir,
j'écris à mon coeur puisque c'est écrire au tien,
puisque nous sommes tous liés
- moutons noirs moutons bleus -
dans la même gerbe de blés tombée dans le feu.

Ô Mère, ma lumière avec toi s'éteint
Et je souris encore, pour protéger les miens.

Je porte le masque des jours glissants
rapides sous la faux,
et pour ne pas mourir trop vite
j'écoute de plus en plus souvent
ton chant toujours puissant en moi,
qui monte et fait de ma bouche un appeau.
Je suis bien trop petite pour être ton porte-voix,
mais je ne sais plus vivre
sans être vive de toi.


2017

Ce qui restera

Il y a un peu plus d'un an disparaissait l'une de mes plus anciennes amies de toile. Elle était poète et s’inquiétait de ce que deviendraient ses textes après elle. Quelques semaines avant son décès soudain elle s'en ouvrait encore à moi. Certes on peut toujours se dire que ce ne sont que des mots, mais en vérité c'est bien plus que ça.

"J'écris pour que le jour où je ne serai plus
On sache combien l'air et le plaisir m'ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future
Combien j'aimais la vie et l'heureuse nature."  Écrivait Anna de Noailles. Andrée sodenkamp, cette immense poète belge quasi-inconnue, écrivait à sa manière très terrienne et charnelle qu'elle nous porterait à travers ses poèmes "de beaux morceaux de corps".

Agnès est partie sans avoir eu le temps de rien. Je vais donc me laisser "à ceux qui se hasardent à chercher dans les mots l'ombre des pauvres morts" *.

Pour cela j'ai ouvert un blog-recu…