Accéder au contenu principal

Des lieux massacrés





Le bruit au loin
la vie là-bas
agitée, superficielle.

Le cheval mange encore son pré
au-delà des hauts barbelés.
Mes pieds avancent sur le sentier
que la ville a goudronné.
Arrachée la voûte tendre
de parfum des chèvrefeuilles,
dispersée la danse lumineuse
de toute une société secrète
qui vous frôlait les genoux
indifférente à tout, sauf à sa fête.
Au moins la longue garde des peupliers centenaires
n'a pas pris fin
sous la morsure des bulldozers.
J'aimais ici, c'était un bout de jardin
le long de la rivière
où les citadins venaient respirer
autre chose que leur misère.
Une sente fleurie de papillons
qui jouaient dans une lumière libérée
du béton et des pierres,
un lieu brut où aller l'amble
et se ressourcer
au chant de la terre
que des humains aveugles à toute beauté
ont décidé de rendre pratique
et désolé...


2014



Commentaires

  1. onjour Dé,
    J’imagine que tu fais référence à un lieu particulier qui te tenait à cœur ? J’ai aussi souffert à de trop nombreuses reprises du « bétonnage » de ces espaces de liberté auxquels j’étais très attaché. La plupart du temps condamnés pour de sombres raisons mercantiles ! Je suis de plus en plus effaré (pour ne pas dire écœuré) de voir jusqu’où une minorité sans scrupules est prête à aller pour assouvir sa soif d’argent et de pouvoir. N’hésitant pas à déposséder ses semblables des maigres ressources leur permettant de survivre, au risque parfois de les condamner à mort ! Détruisant des pays entiers, réduisant des biotopes à néant, éteignant des espèces, contaminant des populations, la liste de ses méfaits est interminable ! Au bout du compte, la Terre est malade de l’espèce humaine. J’ignore combien de temps elle nous supportera encore avant la crise inévitable, mais la crise viendra et sera fatale ! Il est flagrant que l’humanité est sous le contrôle d’une mafia cupide qui mène la planète à la catastrophe ! Des Hommes trop idiots pour voir qu’à terme ils se condamnent eux-mêmes. À moins, et ce serait terriblement inquiétant, qu’ils ne connaissent déjà le moyen d’échapper au sort commun !
    Voilà où m’entraîne la lecture de ton très beau texte qui me remue. Grâce à toi, mon week-end commence de manière intéressante ;-)
    Bises.
    David

    RépondreSupprimer
  2. Hello cher David, vas-tu bien? :)

    Comment dire? Je suis tout à fait dans le même mood que toi concernant la "mafia qui nous gouverne".

    Pour ce qui est de ces lieux que chacun d'entre nous a perdu, celui qui me manque le plus c'est évidemment Vernaison, le haut-lieu de mon enfance vagabonde. Je l'ai perdu quelques temps après le divorce de mes parents et lorsque j'ai voulu y retourner une dizaine d'années plus tard, il n'en restait plus rien. La ferme avait été détruite, les vergers et les champs de blé étaient devenus des aires où stationnaient des poids-lourds. Te dire le déchirement c'est quasi-impossible. Et tu sais, lorsque je suis dans les environs, je cherche encore quelque chose qui en resterait, ne serait-ce que le chemin blanc qui y conduisait...

    Bises et bon week end ;*

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Fantasme et fantaisie

Imagine que ton plus grand fantasme ce soit de te voir servir au matin quand tu te réveilles, un énorme croissant - mais énorme hein, une viennoiserie maousse costaude - tout chaud, avec cette petite croûte dorée croustillante et cette senteur délicate, appétissante de beurre frais qui vient te chatouiller les narines, faire de tes glandes salivaires les chutes du Niagara ou du Zambèze (qui baise pas malgré son nom). Un fantasme si jouissif que tes papilles en fondent de désir tel le beurre dans la poêle à frire...

Bon. Imagine maintenant qu'un matin tu te réveilles parce qu'on sonne à ta porte. Tu ouvres et c'est ton fantasme (comment il a sonné? Avec l'une de ses "pointes" tiens pardi!) Tu es au bord de la pâmoison devant sa "chair" (c'est un croissant n'est-ce pas, pas une côte de boeuf!) soudain incarnée et il est tout comme tu l'avais imaginé: il sent bon et sa dorure te fait de l'oeil. Tu déglutis les chutes du Zambèze dans to…

Compte à rebours

Ô Mère.

Pendant qu'on t'assassine
pendant que tu râles à travers tous tes oiseaux,
tes baleines et tes lions,
pendant que disparaît ta musique d'abeilles,
que le silence tombe sur la Terre
comme sur un cimetière,
avec tous les autres, je fais bonne figure.

J'écris l'amour pour assécher le désespoir,
j'écris à mon coeur puisque c'est écrire au tien,
puisque nous sommes tous liés
- moutons noirs moutons bleus -
dans la même gerbe de blés tombée dans le feu.

Ô Mère, ma lumière avec toi s'éteint
Et je souris encore, pour protéger les miens.

Je porte le masque des jours glissants
rapides sous la faux,
et pour ne pas mourir trop vite
j'écoute de plus en plus souvent
ton chant toujours puissant en moi,
qui monte et fait de ma bouche un appeau.
Je suis bien trop petite pour être ton porte-voix,
mais je ne sais plus vivre
sans être vive de toi.


2017

Ce qui restera

Il y a un peu plus d'un an disparaissait l'une de mes plus anciennes amies de toile. Elle était poète et s’inquiétait de ce que deviendraient ses textes après elle. Quelques semaines avant son décès soudain elle s'en ouvrait encore à moi. Certes on peut toujours se dire que ce ne sont que des mots, mais en vérité c'est bien plus que ça.

"J'écris pour que le jour où je ne serai plus
On sache combien l'air et le plaisir m'ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future
Combien j'aimais la vie et l'heureuse nature."  Écrivait Anna de Noailles. Andrée sodenkamp, cette immense poète belge quasi-inconnue, écrivait à sa manière très terrienne et charnelle qu'elle nous porterait à travers ses poèmes "de beaux morceaux de corps".

Agnès est partie sans avoir eu le temps de rien. Je vais donc me laisser "à ceux qui se hasardent à chercher dans les mots l'ombre des pauvres morts" *.

Pour cela j'ai ouvert un blog-recu…