Enfance chérie



Kansuet.



C'est fou comme après la danse du feu
ne reste que feue la danse.

Lors qu'on accepte de voir l'autre pour ce qu'il est. Et quand il n'est pas grand chose, qu'une pauvre chose qui fait son possible pour paraître sous la lumière des néons d'une notoriété de poussière. Être connu, reconnu, vu. Surtout vu, lui qui est de la race des invisibles. Il n'a pas compris sa rime. Il veut être utile. Comme un objet. Exister à travers ou par l'autre, n'est-ce pas pure folie?

Tour à tour géant donneur de leçons et petit garçon qui mouille son pantalon.






Moi c'est celui-là que j'entendais depuis toujours. L'enfant du dedans.
Le perroquet du dehors ne m'attirait que très peu. Trop de cacatoesphonie. Un jour rumba, le lendemain techno, on ne sait plus sur quel pieds danser. Alors j'écoutais l'enfant. Je ne savais pas ce qui l'avait blessé mais il était salement amoché. Sa maman l'avait peut-être secoué pour qu'il ferme sa putain de gueule la nuit. Son papa avait peut-être mis sa bite dans sa bouche. Ou pire: ces deux-là l'avait méprisé. Si fort méprisé qu'il l'en avait rempli jusqu'à ras les dents. Et souvent ça débordait. Ce vert. Ce fiel. Ça partait du bas, du trou de son joli petit cul, et ça lui montait à la tête. Alors il était odieux.

On se reconnait entre enfants malmenés. Le mépris je savais à quoi ça ressemblait, comme ça sentait la merde quand ça venait au nez. Mon papa à moi m'avait bien appris quand j'étais petite, à grands coups de pieds dans le cul. Il n'avait pas besoin de mots mon papa: il avait ses yeux bleus. Un regard d'un bleu terrible quand il me le jetait j'en étais toute transie. Un bleu glacé plein de colère et de viscéral rejet. J'ai bien appris le mépris. Mais je n'étais pas faite pour le garder dans mon coeur. J'étais l'inattendu. Dans la longue chaîne des douleurs transgénérationnelles, j'étais le maillon faible. Je voulais bien des racines mais je ne voulais pas les fruits surets.

J'étais nouvelle. Et ça, ça fait toute la différence.

Cela peut paraître pompeux, c'est pourtant une bête vérité. Je ressemblais autant aux miens qu'un coucou à ses parents rossignols. Je ne suis pas un article unique d'ailleurs, des tas de gens se sentent étrangers à leurs famille. Il y a peut-être des erreurs d'aiguillage, car comme chacun le sait, la vie n'est pas un long fleuve tranquille.

De mon enfance ne me reste que le pire. Ou plutôt ce qui me cause de la culpabilité. Et le meilleur. Mais surtout des flots de lumière. Cette liberté dont je jouissais sans le savoir du fait de ma solitude, fut fondatrice. J'ai été une "enfant des clefs" des siècles avant que l'expression ne soit inventée. Je partais seule le matin à l'école et je rentrais seule de l'école. Souvent. Ma maman travaillait dur, mon papa se promenait. J'avais peur. Souvent. J'ai toujours eu peur, enfant, entre quatre murs. Les maisons ne me rassuraient pas. Peut-être parce que je pressentais que les loups sont plus souvent à l'intérieur qu'à l’extérieur...

(à suivre)

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