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Saisons des amours








Obok n’est pas le plus fort, ni le plus grand des grands mâles d’Akagari. Mais il a ma faveur. Et les deux plus belles poches testiculaires qu’on ai jamais vu de mémoire d’agak. Rouge vif, brillantes et gonflées à craquer de liquide fécondant. Sa seule richesse. Son seul intérêt.

Obok n’est pas très intelligent. Mais aucun des mâles ne l’est. Nous leur laissons gouverner Akagari et se faire la guerre, tant qu’ils ne dérangent pas nos jeux délicats et nos chaises longues. Ils sont grands et forts, nous sommes malignes. Chaque année à la saison des amours, ils croient choisir. Les naïfs. Nous choisissons. Moi, Aya-Aya, j’ai choisi Obok.

Depuis deux jours tiers temps, il concentrique autour de ma maison. Il respecte à la lettre les usages et les rites. Son appendice caudal trahit cependant son impatience en venant battre mes murs. C’est comme un tambour qui rythmerait la montée de son désir. Son pas se fait plus pesant à chaque heure qui passe sous l’ardeur des soleils jumeaux. Il attendra mon bon vouloir. C’est la Loi.

Je quitterai ma maison à mon heure. A ma guise. Je le laisserai parader, agiter ses plumes et son sexe sans bailler. Bien sûr, il aura pissé partout et je devrai supporter que cette ignoble puanteur supplante en mon jardin le subtil parfum des fleurs. Mais il faut bien jouer un peu leur jeu. Alors, je mettrai de la concupiscence dans mon oeil droit, et de l’admiration dans mon oeil gauche. Ma peau prendra une teinte rouge du plus bel effet, et je l’autoriserai à renifler mes parties intimes.


Après cela, tout ira très vite. Les mâles ne connaissent rien de ces amusements qui aiguisent l’appétit. Patiente, je me laisserai saillir, et dès qu’il aura payé son tribut, je lui ferai comprendre sans ménagement qu’il n’est plus chez moi le bienvenu. Il partira la queue basse, comme tous les autres. Dans quelques lunaisons, je mettrai au monde près de deux cents délicieux rejetons. Je choisirai le plus beau de tous pour mon enfant, et mangerai les autres. Ils sont si croustillants…



Commentaires

  1. Wahou !

    Me demande si j'ai déjà lu qqch d'aussi "fort" sur ce thème....

    Peut-être une fois, mais dans un autre style, dans un Stephan King, à propos de chats et de chattes.... (me souvient plus de quel bouquin....)

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    Réponses
    1. Ah? ça me dit rien du tout. Mais j'ai lu très peu de King. En fait Alain j'ai écrit ce texte parce que certains comportements masculins m'agaçaient fortement...alors j'ai transposé ^^

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  2. Par un juste retour des choses,
    de ce que le mâle dépose,
    toujours la femelle dispose !

    Un régal ! Bon appétit ;-)*

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  3. Merci d'avoir apprécié la cuisine du ptit chef ;)

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Compte à rebours

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Pendant qu'on t'assassine
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tes baleines et tes lions,
pendant que disparaît ta musique d'abeilles,
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avec tous les autres, je fais bonne figure.

J'écris l'amour pour assécher le désespoir,
j'écris à mon coeur puisque c'est écrire au tien,
puisque nous sommes tous liés
- moutons noirs moutons bleus -
dans la même gerbe de blés tombée dans le feu.

Ô Mère, ma lumière avec toi s'éteint
Et je souris encore, pour protéger les miens.

Je porte le masque des jours glissants
rapides sous la faux,
et pour ne pas mourir trop vite
j'écoute de plus en plus souvent
ton chant toujours puissant en moi,
qui monte et fait de ma bouche un appeau.
Je suis bien trop petite pour être ton porte-voix,
mais je ne sais plus vivre
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2017

Ce qui restera

Il y a un peu plus d'un an disparaissait l'une de mes plus anciennes amies de toile. Elle était poète et s’inquiétait de ce que deviendraient ses textes après elle. Quelques semaines avant son décès soudain elle s'en ouvrait encore à moi. Certes on peut toujours se dire que ce ne sont que des mots, mais en vérité c'est bien plus que ça.

"J'écris pour que le jour où je ne serai plus
On sache combien l'air et le plaisir m'ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future
Combien j'aimais la vie et l'heureuse nature."  Écrivait Anna de Noailles. Andrée sodenkamp, cette immense poète belge quasi-inconnue, écrivait à sa manière très terrienne et charnelle qu'elle nous porterait à travers ses poèmes "de beaux morceaux de corps".

Agnès est partie sans avoir eu le temps de rien. Je vais donc me laisser "à ceux qui se hasardent à chercher dans les mots l'ombre des pauvres morts" *.

Pour cela j'ai ouvert un blog-recu…