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Les Liberzinzins






Mon Cher,

les femmes sont décidément de plus en plus dures en affaires.

Me voilà condamné à écrire des nunucheries d’un autre âge, d’une mièvrerie confondante, et tout à fait indignes de ma plume, pour pouvoir m’en gauler une. A roucouler comme un pigeon niais à ces poules stupides des mots d’amour si dégoulinants de gras et de sucre, que je m’en donne la nausée à moi-même, que j’en vomirai sur mes chaussures.
Je ne me savais pas si écoeurant ma foi. On en apprend de bien piètres sur soi quand on a les bourses aux abois.

Ah foin de ces atermoiements verbeux qui laissent sur sa faim, de ces faveurs roses passées autour de ma queue, pour obtenir les leurs à la fin. Diable, je n’en peux plus: il faut que je baise!

Suis-je coupable si elles veulent de l’amour courtois quand je n’ai à proposer que l’amour courtaud d’une mentule affamée ?

J’ai pourtant bien des atouts, dont un langage précieux qui les font se pâmer et en toute fausse modestie, je peux affirmer, que dans le mensonge, nul ne m’égale ! A midi, je peux jurer l’éternité de mon cœur à Jeannette, à quatre heures engager ma fidélité à Louise, et le soir faire minette à Josette en promettant devant dieu ébahi, le très saint mariage.

Il y en aurait bien une, mais elle est laide avec un nez guignant celui de Cyrano, une mine d’ivrogne et le sein maigre, quand je rêve de somptueuses mamelles. Et des rides mon ami, des rides, tant et tant qu’il faudrait avant que de l’enfiler que je puisse la repasser.

Las ! Les belles me font la tête : j’en ai trop abusé. Il me faudra me contenter-Vénus me pardonne- de cette vieille haridelle pleine d’os en saillies. J’espère ne pas me briser le vit en pénétrant son huis !

Qu’importe le flacon, pourvu qu’il ait un trou ». Me rétorquerez-vous. Si fait. Tout pourvu que je puisse échapper à l’indigestion de guimauve et à la veuve poignet.
Ah ! Mon ami, ces fariboles me fatiguent. Foin de ronds de jambes et de courbettes endimanchées, allons droit au but. Jouissons Mesdames, jouissons !

Et comme l’écrivait le vieux Ronsard plein de dépit : "Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté. »

Et moi, bon prince, je veux bien vous aider Mesdames, à la cueillette !                                                                       


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Fantasme et fantaisie

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Compte à rebours

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sans être vive de toi.


2017

Ce qui restera

Il y a un peu plus d'un an disparaissait l'une de mes plus anciennes amies de toile. Elle était poète et s’inquiétait de ce que deviendraient ses textes après elle. Quelques semaines avant son décès soudain elle s'en ouvrait encore à moi. Certes on peut toujours se dire que ce ne sont que des mots, mais en vérité c'est bien plus que ça.

"J'écris pour que le jour où je ne serai plus
On sache combien l'air et le plaisir m'ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future
Combien j'aimais la vie et l'heureuse nature."  Écrivait Anna de Noailles. Andrée sodenkamp, cette immense poète belge quasi-inconnue, écrivait à sa manière très terrienne et charnelle qu'elle nous porterait à travers ses poèmes "de beaux morceaux de corps".

Agnès est partie sans avoir eu le temps de rien. Je vais donc me laisser "à ceux qui se hasardent à chercher dans les mots l'ombre des pauvres morts" *.

Pour cela j'ai ouvert un blog-recu…