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De Bonnes et Douces Fêtes à Vous


Noël 1963

Tout l'amour tente encor de gagner la bataille
La neige du jardin a pris son air d'été.
Dieu glisse doucement de la femme à la paille
L'aile de l'ange porte un peu de sang léger.

J'écoute quelque part marcher de lourdes bêtes,
La lune fait briller des tapis à leurs flancs
Et des rois costumés d'avance pour la fête
Avec des gestes ronds se parlent d'un enfant.

Cette année à Noël j'ai l'âge de la crèche,
Sa bonne chaude paille et le souffle profond
Du vieil âne et du boeuf qui réchauffent la neige.
J'ai mille ans de pitié enfermés sous mon front.

Que l'enfant est petit sans fin remis au monde!
J'ai mal en cette nuit pour les projets de Dieu,
Pour l'ange refusé, pour l'étoile qui tombe,
Pour ce qui est en route et pleure dans nos yeux.

Andrée SODENKAMP extrait de "Femmes des longs matins"

Commentaires

  1. De même pour toi, très chère Dé :-)*

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  2. L'espoir et la tristesse de Noël, cela me parle infiniment...
    Merci pour ce poème, Désirée. Très beau.
    Je te souhaite une bonne fin d'année :)

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    1. Oui tu as bien saisi l'atmosphère de ce texte. Andrée a écrit un autre texte sur le sujet de Noël il faudra que je le publie, c'est autre chose. :)

      A toi aussi chère discrète, bonne fin d'année :*

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  3. Très joli poème que vous faites partager chère Désirée. Je vous souhaite également de bonnes fêtes de fin d'année.
    Cordialement.

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    Réponses
    1. Cher Jean-François, si vous ne connaissez pas cette grande poète Belge je vous invite à la découvrir. C'est mon égérie, je l'adore. Beaucoup de poètes m'ont touché, mais aucun comme elle ne m'a hanté, laissée le souffle court. Elle m'a inspiré le titre de mon unique recueil que vous trouverez en lien gratuitement dans mes pages: "Voyage en rond".

      De bonnes et heureuses fêtes à vous aussi

      Amitié

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  4. C'est vrai que c'est joli, mais ça sent quand même son époque très soumise aux bondieuseries. Aujourd'hui, on trouve heureusement moins de cette religionite aiguë dans nos contrées, ou bien n'est-ce qu'une impression ? En tout cas, ça me rassurerait un peu. Surtout qu'en des lieux où elle continue de s'exprimer à tours de bras (US par exemple), on voit que ça n'a pas tellement aidé l'humain à évoluer.
    Bon, ce n'est pas le lieu d'un débat, évidemment... Juste que je lui trouve une belle plume à cette Sodenkamp, que j'ai connue sur ton blog, et qu'elle me pose le même problème que Lamartine : c'est beau, mais c'est tellement encombré de chimères religieuses qu'à mon goût, ça gâche beaucoup le plaisir...
    Bien des bises, ma chère amie !

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    Réponses
    1. Ce que tu écris me fait sourire Bifane, Andrée n'étais pas croyante. Mais comme nous tous on a grandi avec cette religion, c'est un peu culturel on va dire. Moi j'ai connu le cathé à la maison, je crois que j'aimais Jésus déjà quand je le coloriais ^^ Même si je me suis fâchée tout rouge avec l'église catholique plus tard, je reste profondément en amour avec le Jésus des Apocryphes. C'est pas le même que celui du pape faut le dire.Et puis face à ce grand con de Pierre, il défendait la place des femmes et rien que pour ça...;) Il faut relire ce qui nous reste de son enseignement, qui qu'il fut c'était quand même un grand humain.

      La foi selon les US c'est la grande mascarade, l'hypocrisie élevée en art de vivre. Quand à nous élever collectivement je n'y crois pas du tout, le changement ne peut être qu'individuel. La bonté peut faire tache d'huile. Mère Thérésa, soeur Emmanuelle et d'autres moins connus n'ont pas rendu tous ceux qu'elles ont aidés, sauvés, forcément bons mais au moins elles ont montré qu'une autre attitude que la barbarie était possible.

      Je ne pense pas que la religionite gagne, quoique en ces temps troublés avec un islam perçu comme agressif et dangereux, des musulmans qui ne font pas assez entendre qu'ils sont contre le terrorisme (et qui ne dit mot consent hein) les gens auraient tendance à se replier sur les fondamentaux. Et rien ne renforce plus un groupe que la religion. De là à rejoindre le troupeau des gnous à genoux, il y a un pas que je ne ferai pas. Mon fils est très anti-religion mais avec le sourire. Il me racontait qu'un gars de sa promo fait du prosélytisme religieux -il est musulman- et que ses copains le taclent gentiment en lui disant "Purée mais tu es un scientifique et tu crois en dieu??"

      Personnellement je me dis que croire en dieu ou pas n'est pas le problème. Ce qui est important ce sont nos actes et nos paroles. On peut trouver de quoi avancer vers une éthique à travers les idées des uns ou des autres. Khalil Gibran m'a fait autant de bien que Jésus, même Bobin m'élève, le Tao qui plane au-desus du taiji que je pratique depuis deux ans maintenant. On peut faire feu de tout (bon) bois.

      Et si je peux te donner un indice sur le sens profond de ce texte c'est qu'il est tout entier résumé dans la première phrase. ;)

      Bien des bises de même cher Bifane (tu n'as pas maigri toi? tu as une petite mine...)

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  5. Que chacun porte en soi la présence ou l'absence de dieu peu importe. C'est la façon dont il la porte dans le respect absolu de l'autre... Oui je vous suis. Les bondieuseries ostentatoires m'agacent aussi mais moins que les pèrenoëlleries et les lumières à tout va qui écrabouillent les étoiles(les rois mages ne trouveraient plus leur chemin). J'aime les crèches sobres de mon enfance et quand j'étais dans l'étable de la ferme grand maternelle, je me prenais pour Jésus. De là à me prendre pour Dieu, il n'y avait qu'un pas que j'ai allègrement franchi mais avec des milliards de congénères et aussi d'animaux et d'objets de toutes sortes. Seul le néant... Et comme tout dieu bien portant j'ai besoin de votre amour et je veux bien partager en ces périodes un morceau du mien. J'espère que la mémoire et le désir de ce partage subsisteront...

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