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Articles

Affichage des articles du mars, 2015

Accordée

Il m'écoute chanter l'amour
sans angoisse,
il sourit, il est calme en son coeur.
Il sait que ma peau est à lui
mon sang, ma sueur,
mes rires d'oiseau moqueur,
ma fourrure, sinon ma plume.

Il devine ma tête de pigeon voyageur
qui vole loin de lui
vers des mers intérieures,
des terres où il n'est pas seigneur,
où d'autres parfois m'appellent
et me retiennent.
Mais il  sait aussi que je reviendrai toujours
puisque tout contre lui,
mes racines demeurent.

Son intuition lui dit
qu'aucun autre jamais n'aura de bras
pour mes peurs.
Et même s'il me sent troublée par des mots
des baisers d'ailleurs,
il est à mon âme de lierre
le chêne compagnon, pour monter vers la lumière
mon essentiel tuteur...


2015

Avancer

Je n'existe pas. Je ne survis pas.
Je marche.


Depuis ma naissance Et avant elle Je marche.

La tête pleine d'yeux Le corps plein de langues Je vois Je goûte Je suis une outre avide Gourmande et gastronome. Le monde ma mère Me nourrit sans fatigue Et d'une main si légère Que je ne peux que sourire.

J'aime.
Je saisis au passage Des mains que j'embrasse.
Je marche.


2015

Rûmi

Elle est si proche, ton âme de la mienne
que ce que tu rêves, je le sais.
Heureux le moment où,
différents de forme et de visage
mais n'ayant qu'une seule âme,
nous entrerons dans le jardin.
Toi et moi, libérés de nous-mêmes,
unis dans l'extase,
les oiseaux du ciel le coeur dévoré d'envie
dans ce lieu où nous rirons si gaiement,
toi et moi, blottis dans le même nid.

Madeleines

Rien ne m'évoque plus l'été que le pin parasol.
Même au creux blanc de l'hiver
Contre son tronc de grand brûlé
Flotte l'odeur de la garrigue surchauffée.
Marcher sur le tapis glissant
De ses aiguilles tombées
C'est agiter la Provence
Comme un mouchoir parfumé.

J'aime aussi le peuplier. Son allure toujours juvénile élancé comme une jeune fille. Et sa menue monnaie qui bruisse dans les poches du vent. La peupleraie de mes souvenirs d'enfance, anormalement alignée par une main d'homme, frémit et chante et grince à jamais dans mon corps caisse de résonance. Je suis encore l'enfant allongée le dos contre la terre, les yeux dans ceux d'un ciel où tente de s'envoler des milliards de feuilles argentées.
Et ce chant qui s'élève c'est celui des esclaves qui ne peuvent se libérer.

2015

L'homme des lunes

La lune déverse sa lumière volée
sur mes pieds joints
pour une prière au sommeil.

Viendra t'il cette nuit, pousser la porte fragile
et palpitante de la mort et des rêves,
ôter sa blanche chemise, caresser ma hanche
et me prendre, me répandre
dans la chambre bleue pâle de ma mémoire
ouverte aux quatre vents?
Sur le vieux lit de ferraille et les draps
de lin blanc
depuis un millénaire j'attends
celui qui ne viendra pas
en cette vie.


2015

Printemps

Le printemps est un coeur
qui bat, pompe et pousse
hors la terre, comme un sang
un torrent, la sève
et chaque branche gorgée,
débordée
prise dans une irrépressible turgescence,
se tend, se tend
jusqu'à faire éclater ses bourgeons rouges
comme autant de petits glands
qui fleuriront féminins.


2015


Au-delà de tout

Tu sais bien sûr, que je t'aimerai toujours,
comme on aime son vice le plus ostentatoire,
sa bouteille cachée
sa poudre au nez, son petit pois anxiolytique
de princesse qui a perdu toutes ses nuits...

Je continuerai à aimer ce rêve solitaire, au coeur toujours ardent
dans ses voiles passés.

Car mon âme t'aime encore même si mon coeur, plus.



2008

Jours de lumière

Gosses des vieux quartiers de la basse ville.
Nous jouions à cache-cache dans l'église.
Je me cachais derrière son dos
et sur sa croix, je le sentais sourire.


Le curé était sévère.
Mais nous n'étions guère plus qu'une poignée de souris
Nos rires comme nos pas, étaient menus :
Il ne nous a jamais surpris.





Le lieu me fascinait.

Sa pierre, sa lumière, les rangées de vieux bancs
usés par tant de mains, de coudes et de derrières.
la Collégiale était pétrie de prières,
le plus sûr des mortiers pour affronter le Temps.

Quelque chose flottait entre ses murs épais,
c'est ma chair qui le percevait.
J'étais habitée, je l'ai toujours été
déjà en haut de mes collines, je parlais au vent
et il me rassurait.

Parfois, par caprice, j'allais à la messe. Seule.
Je posais mes dix ans au bord de la foi bien apprise des autres,
cercle mystérieux des fidèles enfermés.

Je n'y pénétrais pas. J’assistais au spectacle.

A l'instant de l'eucharistie, je mourrai d'envie…