Jours de lumière





Gosses des vieux quartiers de la basse ville.
Nous jouions à cache-cache dans l'église.
Je me cachais derrière son dos
et sur sa croix, je le sentais sourire.


Le curé était sévère.
Mais nous n'étions guère plus qu'une poignée de souris
Nos rires comme nos pas, étaient menus :
Il ne nous a jamais surpris.





Le lieu me fascinait.

Sa pierre, sa lumière, les rangées de vieux bancs
usés par tant de mains, de coudes et de derrières.
la Collégiale était pétrie de prières,
le plus sûr des mortiers pour affronter le Temps.

Quelque chose flottait entre ses murs épais,
c'est ma chair qui le percevait.
J'étais habitée, je l'ai toujours été
déjà en haut de mes collines, je parlais au vent
et il me rassurait.

Parfois, par caprice, j'allais à la messe. Seule.
Je posais mes dix ans au bord de la foi bien apprise des autres,
cercle mystérieux des fidèles enfermés.

Je n'y pénétrais pas. J’assistais au spectacle.

A l'instant de l'eucharistie, je mourrai d'envie de pécher
de marcher avec le troupeau, d'aller te boire et te manger.

J'ignorais alors qu'il y a bien d'autres manières
De communier.


 2007

4 commentaires:

  1. J'aime ce genre de souvenir, et le rythme de ce poème. C'est tout simplement beau, lumineux, tu as bien choisi le titre :)
    Bises !

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    1. Si tu savais à quel point ce souvenir-là est demeuré lumineux. Et comme j'aime toujours cette église, elle est tellement habitée. Faut dire qu'au bout de 800 ans d'existence beaucoup d'âmes y ont laissé leur lumière ...

      Bises ;)

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  2. Ce poème me rappelle bien des souvenirs également, bien que je sois revenu à la "maison" après bien des détours qui m'ont beaucoup appris sur la vie. Merci pour ce texte.

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    1. Bonjour Jean-François :) Je n'y suis pas revenue à la "maison". J'ai compris/ressenti puissamment qu'elle était partout et que la plupart des "fidèles" n'étaient pas mes frères. Si depuis les Apocryphes je suis en amour avec Jésus, je reste très éloignée de l'église catholique. Et de toutes les églises d'ailleurs. La religion de nos jours porte bien mal son étymologie. :)

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