Accéder au contenu principal

Si je ne l'écris pas





Si je ne l'écris pas, maman
qui saura après moi tes larmes,
tes larmes et tes colères, et ces jours si vides
que tu voulais disparaître avec eux
dans une eau de nuit...
Cette mémoire, cette histoire commune
où il n'y avait encore que toi et moi,
qui la racontera à ceux qui ne savent pas
qu'abandonnée, le soir tu pleurais
dans mes bras et que je rayonnais
de ne t'avoir plus que pour moi...



2015







Commentaires

  1. Difficile de commenter
    et cependant ne pas rester silencieux....
    Oui, il faut dire....
    C'est salutaire
    même le pire, c'est juste une question de manière de dire.....
    Et tu y mets la pudeur et l'amour nécessaire.
    Je suis touché.

    RépondreSupprimer
  2. Merci cher Alain. J'ai le sentiment de plus en plus intense de devoir laisser des racines-mémoires à mes enfants, leur parler de mes parents, de mes grands-parents parce que cette histoire leur appartient à eux aussi. J'ai toujours eu beaucoup de plaisir à écouter mes parents parler de leurs "vieux", même quand il était plus question d'ombre que de lumière. Il ne fait aucun doute pour moi que dire est le commencement de toute guérison transgénérationnelle. Je ne sais pas si je serai encore pudique parce que la parole est assez libre chez moi et que j'appelle un chat un chat, je crois qu'on peut tout dire à condition de le faire bien, comme tu l'écris. Mais tu es un exemple en ce qui concerne l'élégance du dire, chr Alain :)

    RépondreSupprimer
  3. ... Désirée, tu as raison de le dire, de si bien l'écrire.... toi, et ta maman !
    merci pour ces mots émus.Et plus le temps passe, et plus les racines deviennent importantes. Parler d'où l'on vient.. ou d'où l'on ne vient pas...
    Den

    RépondreSupprimer
  4. Oui Den, tu n'imagines pas à quel point ces fameuses racines sont importantes pour moi, j'en avais soif adolescente et plus tard. On me les a refusé, alors je les ai volé...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Des mots qui volent tout seuls...

Si j'avais dû voler des mots, j'aurais volé ceux de Christian (Bobin) ou ceux de Andrée (Sodenkamp) qui m'ont si bien nourris,  et ceux de quelques autres qui m'ont un jour transpercée, puis ont fait en moi des petits.

J'aurais volé des mots étincelants de lumière, aussi beaux que le matin. J'aurais volé la profondeur et l'altitude, j'aurais volé la clarté et le sens.

Mais plutôt que des mots si j'avais dû voler quelque chose, j'aurais volé un coeur.

Voire, une âme.

Mais je n'ai jamais rien volé. Si j'ai volé quelqu'un ce n'est que moi-même. Ma muse c'est moi. C'est ma voix intérieure. Rien ne me vient de l'extérieur que je n'ai ré-inventé, re-crée. Cela me parait tellement évident. On ne parle jamais que d'un autre que l'on invente, interprète, un autre déformé, un Autre autre. Comme l'écrivait Christian Bobin: "L'homme dont je parle dans mes livres n'existe pas". De même, l'hom…

Fille du non-vouloir

Petit haricot de cellules tourbillonnantes qui a grandit dans un océan de larmes en guise de liquide amniotique, voilà le fond de tristesse qui clapote en son âme. A travers l'épaisseur de la chair a t'elle senti les coups ? Par le cœur de sa mère a t'elle entendu les injures ? « Putain » disaient-ils en choeur en insultant une vierge. Enceinte certes, mais vierge.
Le secret dévoilé au bout de tant d'années d'incompréhension et de douleur. L'ignorance des jeunes de cette époque-là, tout se résumait à cela. Parce qu'on ne parlait pas de « ça » en ce temps-là.

Quarante ans de bagne à traîner un boulet plus gros qu'elle.

Et tout enfin, se mettait en place, toutes les pièces du puzzle. Tous les détails s'assemblaient pour dresser le portrait de la bêtise crasse. Le regard bleu glacé de colère méchante du père, comme une guerre froide face à l'innocence de ce petit visage. Son cœur à elle qui ne comprenait pas pourquoi. Et qui tentait encore et …

D'un monde à l'autre

J'ai rêvé de Paul cette nuit.

Mes parents m'annonçaient cette incroyable nouvelle:  Paul était à nouveau vivant!

A nouveau j'avais dix-sept ans. Je courais chez lui le coeur battant, sonnais à la porte de la maison rose de ses parents. Cécilia, sa soeur, m'ouvrait. Elle rayonnait: "Oui, c'était bien vrai, Paul était de retour parmi nous." C'était un miracle. Un vrai miracle.

Puis Paul passait derrière sa soeur, me souriait sans s'arrêter. Sans me reconnaître.

L'incrédulité et la stupeur, une joie, un espoir immense m'envahissaient alors. Une affreuse angoisse aussi. Quelque chose avait changé. C'était pourtant bien Paul. Ses boucles châtains se balançaient encore de chaque côté de son beau visage qu'aucun gros fil chirurgical ne raccommodait pour le rendre présentable à ceux qui avaient eu la lourde tâche de lui survivre. Son sourire était ce même sourire irrésistible que celui "d'avant". Paul souriait et le monde ro…