A ta place




Longtemps j'ai pensé que ta place était enviable. Tout cet incommensurable pouvoir dans ton seul petit doigt. Cela devait être enivrant. J'imaginais tout ce que je pourrais faire.

Punir les criminels par exemple. Punir les méchants, les monstrueux de sang-froid. Surtout ceux qui s'en prenaient aux petits enfants. Et aux vieux. Tous ces pères infâmes qui s'allongeaient sur le corps nu de leur petite fille, je les faisais pourrir par l'instrument de leur crime. Je marquais les violeurs au front d'une tâche rouge indélébile, un genre d'oeil de Caïn. Une tâche que ces ignobles n'auraient pas pu dissimuler, à laquelle ils n'auraient pas pu échapper.

Et puis j'ai réflêchi. J'ai songé que punir, et donc faire à mon tour le mal m'aurait irrémédiablement rendue malheureuse. Que punir n'arrangeait rien de rien.Tu imagines le carnage dans les rues? Les "bonnes gens" à la fois juges et bourreaux? L'horreur d'une Saint-Barthélémy à l'échelle mondiale.

Il n'y avait qu'une seule attitude possible, la compassion, l'amour. L'intelligence.

Si j'étais à ta place aujourd'hui je guérirais tous ceux qui sont malades, cassés, abîmés par la vie, les autres. Et les victimes me direz-vous? Qui de la poule ou l'oeuf. Si on veut préserver le devenir de l'oeuf il faut commencer par soigner la poule. Il faut oeuvrer en amont. Si j'avais le moindre pouvoir dans mon petit doigt mon dieu, voilà ce que je ferais: je soignerais tous ceux qui ont besoin d'être soignés et ceci fait n'est-ce pas le monde qui serait guéri?




2 commentaires:

  1. Il est "beau" ce texte, même si le mot parait inapproprié face à ce qu'il dénonce et souligne.

    Ce "Il" dont tu parles, il est en premier le corps nu de la fillette abusée, le corps décharné du cancéreux, le porteur de nos souffrances.
    Il est aussi le "soignant" de l'hôpital, le dévoué pour une cause juste,
    il est toi et il est moi.
    Puisqu'il est l'incarnation de "nous humanité"...

    Alors il reste à chacun d'user et abuser du pouvoir salvateur de son petit doigt... Et le monde en sera transformé....

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  2. Merci cher Alain. Je suis bien évidemment en accord avec tout ce que tu écris. En fait je parle souvent à "dieu", qu'il existe ou pas cela n'a guère d'importance, l'important étant que la réflexion me fait avancer humainement et spirituellement. :)

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