Accéder au contenu principal

Compte à rebours




Ô Mère.

Pendant qu'on t'assassine
pendant que tu râles à travers tous tes oiseaux,
tes baleines et tes lions,
pendant que disparaît ta musique d'abeilles,
que le silence tombe sur la Terre
comme sur un cimetière,
avec tous les autres, je fais bonne figure.

J'écris l'amour pour assécher le désespoir,
j'écris à mon coeur puisque c'est écrire au tien,
puisque nous sommes tous liés
- moutons noirs moutons bleus -
dans la même gerbe de blés tombée dans le feu.

Ô Mère, ma lumière avec toi s'éteint
Et je souris encore, pour protéger les miens.

Je porte le masque des jours glissants
rapides sous la faux,
et pour ne pas mourir trop vite
j'écoute de plus en plus souvent
ton chant toujours puissant en moi,
qui monte et fait de ma bouche un appeau.
Je suis bien trop petite pour être ton porte-voix,
mais je ne sais plus vivre
sans être vive de toi.


2017

Commentaires

  1. Une fois encore, un poème de toi qui me percute.
    Tu y exprimes quelque chose de fort et de puissant de cette relation qui, quoi qu'il s'est passé et quoi que l'on en pense, demeure forcément tissée à nos fibres
    Finalement nous ne sommes que de d'incessants fruits de nos relations ; tout en étant uniques.

    RépondreSupprimer
  2. Ici ma mère c'est la Terre ;) J'ai visionné la semaine dernière les vidéos de Pablo Servigne, les larmes d'Anthony Brault m'ont profondément touchée, bouleversée, perturbée. Ce n'était pas la première fois que j'entendais parler de collapsologie mais c'est la première fois que je prenais conscience de l'imminence du désastre. Comme tu le sais mon angoisse c'est ma fille, si notre civilisation s'effondre quid des traitements pour elle et les malades en général? Je ne me fais aucun soucis pour moi, je n'ai pas vraiment peur de la mort. Mais l'idée de l'abandonner souffrante dans un monde qui s'en fout m'est insupportable...Bref c'est pas gai-gai mon inspiration du moment j'avoue, je vais me relever pour me battre pied à pied mais il me faut d'abord digérer. :)

    Je t'embrasse mon ami

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah ! Évidemment je n'avais pas la clé de lecture du poème…
      Le déclinisme est tendance, quoique quelque peu vintage..… puisque cela fait quand même plusieurs siècles qu'on nous en parle… (Déjà au XVIIIe siècle la philosophie nous proposait "La fin du monde par la science". et les gaulois étaient certains que le ciel tomberait sur la tête dans la quinzaine qui vient. C'est dire si ce genre de thèse a du succès hors du temps… )
      La collapsologie a le mérite de nous dire que c'est pour demain matin. Évidemment, ça fait choc !
      Cela devait arriver aussi en l'an 2000. Manque de bol ça a foiré...
      Et dans les année 1950, on attendait tous dans l'impatience et les mégots la déflagration atomique générale qui devait faire exploser la planète.
      Tu l'auras compris, je ne me situe pas sur cette pente mortelle.
      Je sais que beaucoup estiment que c'est ce boucher les yeux…
      il s'agit simplement de l'évolution des Civilisations comme il en va depuis l'aube de humanité. Et n'en déplaise aux Cassandre de tous poils… nous sommes toujours là !
      Je ne nie pas les problématiques environnementales que tout le monde connaît. Mais je regarde également toutes les initiatives qui s'accroissent de jour en jour pour trouver les solutions pour notre temps. Et il y en a des centaines de milliers qui sont à l'œuvre… malheureusement, pour avoir du succès, il faut être un oiseau de malheur !
      Personnellement, je suis un tout petit passereau du bonheur…

      moi aussi je t'embrasse, mon amie

      Supprimer
    2. Voui mais là ça n'a rien à voir mon cher Alain, rien du tout. Ce n'est pas une peur millénariste -peur à laquelle je n'ai jamais adhéré- c'est autrement plus "concret". La planète va vraiment -vraiment mais vraiment- mal. Et la destruction au lieu de ralentir ne fait que s'accentuer. Alors bien sûr qu'il y a des initiatives, des tentatives de sauver ce qui peut encore l'être, de changer pour des façons meilleures de cultiver, élever etc Mais ces tentatives sont freinées voire empêchées par des lois souvent iniques. Tu sais je me tiens très informée de ce qui se passe dans le monde, je lis des sources différents pour avoir tous les sons de cloches. Et c'est bien le glas qui sonne. Va falloir se retrousser les manches pour ne pas laisser le champs libre aux banquiers esclavagistes, à tous ceux qui depuis toujours se trouvent du bon côté du manche pour faire courir la troupe.

      Le jeune écolo que l'on a pris en blablacar il y a un mois me disait qu'il faut se préparer au choc. D'ailleurs lui venait d'acheter un terrain en communauté avec trois autres couples pour cultiver sa nourriture et il se préparait à vivre modestement dans une yourte. ;)

      Ceci dit je ne sais pas pour les autres mais moi je vais me battre avec toute la monstrueuse énergie dont je suis capable ^^ (quand je l'aurai retrouvée!)

      Ps la collapsologie personne n'en parle ou presque. De toutes façons qui voudrait s'entendre dire que son monde est en train de disparaître au même rythme alarmant que les insectes, les oiseaux, les poissons, les éléphants et les tigres? Personne.

      Supprimer
  3. Tu évoques la science du pire, Dé. Nous ne pourrons pas l'éviter, malheureusement, et parce l'homme n'est pas toujours été sage... quelques-uns que je connais s'en relèveront. D'autres pas, comme ma fille vulnérable dans un monde violent ne le pourrait pas, comme la tienne j'imagine, puisque tu en parles.
    Pour l'instant, continuons comme nous l'avons toujours fait, de nous battre avec et pour elles.
    Je t'embrasse armée du toujours beau courage d'une maman qui préfère voir le verre plein, plutôt que le verre vide !...
    Den

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. parce que l'homme n'a pas toujours été.. pardon !

      Supprimer
    2. Voir le verre à moitié plein a toujours eu ma préférence. Tu touches du doigt le fond de mon angoisse chère Den, quand tu parles de nos enfants fragiles. Je suis en train de remonter la pente, par nature je suis une indécrottable optimiste et surtout pragmatique. Mais bon, quoi que je fasse ma fille a besoin de médicaments...

      Supprimer
  4. Je te lis et j'entends en écho le refrain d'Alain Souchon, si juste, si doux, si triste "Terre jolie terre notre mère volante
    Avec nous dans le ciel et les étoiles filantes
    Pardon pardon"

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Fantasme et fantaisie

Imagine que ton plus grand fantasme ce soit de te voir servir au matin quand tu te réveilles, un énorme croissant - mais énorme hein, une viennoiserie maousse costaude - tout chaud, avec cette petite croûte dorée croustillante et cette senteur délicate, appétissante de beurre frais qui vient te chatouiller les narines, faire de tes glandes salivaires les chutes du Niagara ou du Zambèze (qui baise pas malgré son nom). Un fantasme si jouissif que tes papilles en fondent de désir tel le beurre dans la poêle à frire...

Bon. Imagine maintenant qu'un matin tu te réveilles parce qu'on sonne à ta porte. Tu ouvres et c'est ton fantasme (comment il a sonné? Avec l'une de ses "pointes" tiens pardi!) Tu es au bord de la pâmoison devant sa "chair" (c'est un croissant n'est-ce pas, pas une côte de boeuf!) soudain incarnée et il est tout comme tu l'avais imaginé: il sent bon et sa dorure te fait de l'oeil. Tu déglutis les chutes du Zambèze dans to…

Ce qui restera

Il y a un peu plus d'un an disparaissait l'une de mes plus anciennes amies de toile. Elle était poète et s’inquiétait de ce que deviendraient ses textes après elle. Quelques semaines avant son décès soudain elle s'en ouvrait encore à moi. Certes on peut toujours se dire que ce ne sont que des mots, mais en vérité c'est bien plus que ça.

"J'écris pour que le jour où je ne serai plus
On sache combien l'air et le plaisir m'ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future
Combien j'aimais la vie et l'heureuse nature."  Écrivait Anna de Noailles. Andrée sodenkamp, cette immense poète belge quasi-inconnue, écrivait à sa manière très terrienne et charnelle qu'elle nous porterait à travers ses poèmes "de beaux morceaux de corps".

Agnès est partie sans avoir eu le temps de rien. Je vais donc me laisser "à ceux qui se hasardent à chercher dans les mots l'ombre des pauvres morts" *.

Pour cela j'ai ouvert un blog-recu…