Fils



Il y a des anges sur tes épaules. Je le sais parce qu'ils illuminent ton visage par moment. Sur ton front c'est comme un ciel qui s'éclaircit. Le soleil apparaît d'un coup. Tu es tellement beau quand tu ris. Je retrouve l'enfant que tu étais, ce petit disparu que ma mémoire berce encore.

Il y a des anges sur tes épaules. Une escouade de sacrés gaillards et qui bataillent ferme pour te protéger. Je vois bien que tu es chanceux. Ou peut-être que tu es juste intelligent et un fieffé roué. Sans doute un peu des deux. Je ne sais toujours pas si tu es réellement intelligent ou si tu as seulement l'art de le paraître. Je devrai peut-être me souvenir que ton institutrice au primaire avait prédit que tu serais ingénieur, elle planifiait déjà ton orientation alors que tu n'avais pas dix ans. Et tu l'es devenu. Simplement.

Je ne sais pas si je suis "fière" de toi, mais je sais que te regarder est un bonheur. Je sais que te regarder me remplis d'une grande joie.

Je ne sais rien de ta vie. Je ne sais pas qui tu vois, je ne sais pas si tu aimes. Tu as toujours été si discret. Tu nous faisais savoir l'essentiel par des chemins détournés, en utilisant les bavards comme facteurs. Ta première expérience intime à seize ans avec celle qui faisait sa première expérience intime, tu l'as confié à quelqu'un dont tu savais pertinemment qu'il était incapable de taire un secret. Et de fait très vite nous avons su, nous n'en avons rien dit. Il y a ce silence tacite entre nous tous, nous quatre. Nous faisons du silence au milieu de gens très bruyants avec un sourire de Bouddha.

Cet été je regardais ton visage, ton front. Il a encore ce bombé émouvant de l'enfance et cette peau d'une rare délicatesse, au grain si fin. Il y a ces détails qui relient l'homme à l'enfant, la peau, la forme des sourcils, la fossette au menton et l'orpheline sur ta joue qui rit. J'adore quand tu ris. J'ai des souvenirs mémorables de ces longs trajets vers le Cantal et de fous rires pour un rien, une chanson un peu tarte entendue à la radio déclenchait notre hilarité. Tu as ce trait de caractère de mon père qui était très caustique, en plus gentil. Tu ne te moques jamais pour blesser, tu mets du rire tendre dans les petites choses que tu pointes.

Il y a des anges sur tes épaules, je les vois s'amuser au fond de tes yeux.

Dans un mois tu reviens à la maison. Tu quittes ton travail qui ne t'apporte rien que des sous, tu vends tes meubles et tu pars à l'aventure. L'Islande pour une visite d'abord, puis peut-être un an ou deux sur place si le pays te plait. Je ne dis rien, j'espère que tu ne partiras pas trop loin mais je ne dirai rien. Je te laisse libre, je fais confiance à ton intelligence depuis toujours parce que tu m'as prouvé que c'était possible.

Et puis quelle que soit ta destinée, il y a des anges sur tes épaules, et ceux-là -comme moi- ne te laisseront jamais tomber.

8 commentaires:

  1. Ah l'amour d'une maman, il est sans borne. Même si les choix de ce dernier la font souffrir. Comme disait Ste Jeanne de Chantal, qui avait été mariée avant de fonder l'ordre de la Visitation:"Les douleurs de l'enfantement, durent toute une vie".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui l'amour d'une mère peut être sans borne. Mais il n'est pas automatique, l'instinct maternel n'existant pas. Il y a aussi des mères excessives, dévorantes, sclérosantes, abusives.

      J'essaie d'être au plus juste de la bonne mesure. Cela semble porter ses fruits :)

      Supprimer
  2. Quel beau regard tu portes sur ton fils, et cette relation pleine d'affection pudique.
    Ce fils a de la chance d'avoir une mère comme toi.
    Il part bientôt pour l'Islande.... Ma fille par dans l'océan Indien… pour deux ou trois ans, elle aussi.
    Nos enfants d'aujourd'hui sont de grands voyageurs !…
    L'avenir est à eux, nous leur donnons toute la place.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je l'aime, je lui dis que je l'aime parce que je ne lui ai pas assez dit par le passé et qu'il en a douté. Sa soeur a pris beaucoup de place tu l'imagines et parfois, comme il était en bonne santé, qu'il réussissait, nous l'avons sans doute un peu oublié. Nous ne nous faisions pas de soucis pour lui. Je mesure aujourd'hui l'étendue des dégâts et je ne suis pas certaine que le manque qu'il a pu ressentir plus jeune puisse se "rattraper". Mais je veux qu'il sache combien il m'est précieux et combien je l'aime.

      Bonne journée mon ami :)

      Supprimer
  3. Quelle belle image que ces « anges sur les épaules»
    C'est magnifique. Et doux à ressentir, quand on n'a qu'à laisser ruisseler son coeur de mère.
    J'ai vu mes fils quand tu parles du tien. Et cela tisse par dessus les nuages une belle attache.
    ¸¸.•*¨*• ☆

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai lu un jour sur le net une personne qui affirmait que nous avions trois anges et trois démons sur les épaules et qu'ils se combattaient constamment. Nos petits anges doivent triompher. Il y a peu de mal chez mon fils, je le vois. C'est malgré son intelligence un grand naïf en ce qui concerne les rapports humains. Je l'aime avec ses failles, sa petite vanité qui dit sa fragilité.

      Bisous Célestine :)

      Supprimer
  4. Tes mots pour ton enfant sont des images splendides Dé, si douillets, si mélodieux, si profonds...si aimants... merci, vraiment..
    Den

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci dame Den, merci à toi de passer et de laisser des traces si gentilles de ton passage :)

      Supprimer