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Des mots qui volent tout seuls...



Si j'avais dû voler des mots, j'aurais volé ceux de Christian (Bobin) ou ceux de Andrée (Sodenkamp) qui m'ont si bien nourris,  et ceux de quelques autres qui m'ont un jour transpercée, puis ont fait en moi des petits.

J'aurais volé des mots étincelants de lumière, aussi beaux que le matin. J'aurais volé la profondeur et l'altitude, j'aurais volé la clarté et le sens.

Mais plutôt que des mots si j'avais dû voler quelque chose, j'aurais volé un coeur.

Voire, une âme.

Mais je n'ai jamais rien volé. Si j'ai volé quelqu'un ce n'est que moi-même. Ma muse c'est moi. C'est ma voix intérieure. Rien ne me vient de l'extérieur que je n'ai ré-inventé, re-crée. Cela me parait tellement évident. On ne parle jamais que d'un autre que l'on invente, interprète, un autre déformé, un Autre autre. Comme l'écrivait Christian Bobin: "L'homme dont je parle dans mes livres n'existe pas". De même, l'homme qui parcourt depuis longtemps mes textes et dont tout un chacun peut apercevoir la silhouette bleue entre chaque lettre, n'est que ma création. Ma muse c'est moi-même qui me l'a suit enfantée. Ma capacité à écrire de la poésie je ne la dois à personne qu'à moi, même si j'ai été transcendée par d'innombrables écrivains et poètes.

J'ai longtemps pensé à cette "muse", je l'ai décortiquée. On s'inspire ici et là mais on ne vole rien parce que tout est passé au tamis fin de nos propres filtres. Et tout n'est que re-création. L'humain bien évidemment n'y échappe pas ce qui me donne à penser que l'Autre reste un mystère. On ne connait jamais personne. Vraiment. Vraiment vraiment. Vous voyez ce que je veux dire? Celui qui partage ma vie depuis maintenant près de trente ans, bien que je l'aime, que j'ai pour lui la tendre bienveillance, il demeure dans les angles de son regard de grands mystères. Pareil pour ces deux enfants que j'ai mis au monde: mystère. C'est un peu effrayant. C'est très interpellant. Comme l'écrivait Goldman dans une de ses chansons: "On ne saura jamais ce qu'on a vraiment dans le ventre caché derrière nos apparences". Alors à plus forte raison l'autre...

Une muse n'est rien de plus qu'un papillon qui passe. Un papillon que je caresse de ma propre lumière. Que j'enveloppe d'amour aussi, parfois. Mais je ne vole pas au papillon ses couleurs, ni sa légèreté: je les passe au prisme de mon regard avant de les coucher entre mes lignes. Et ce regard poétique le transforme. le transmute comme l'or (je l'espère! ;) ) Le fait plus beau peut-être qu'il n'est réellement. C'est ça être poète. Je crois.

Commentaires

  1. Ton texte est une très belle et fabuleuse définition de la poésie.
    C'est exactement cela. On ne vole pas les mots, de toutes façons. Les mots appartiennent à tout le monde, c'est ce qu'en fait le poète qui les rend uniques. Simplement en les faisant sonner ensemble d'une manière particulière et bien à lui.
    Pas sûr que le poème transcende et fasse le monde plus beau. Le poème révèle plutôt la beauté du monde, à travers l'oeil du poète. Mais les sentiments qu'il suscite participent de cette beauté.
    Et quand on te lit, Désiré, on se sent amélioré.
    je t'embrasse
    ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Merci Célestine. Si je fais un peu de bien à autrui à travers mes textes c'est une cerise sur mon gâteau, mais la poésie c'est très égoïste. Enfin de mon point de vue. J'écris d'abord pour moi parce qu'il faut "que ça sorte", la petite voix intérieure est parfois impérieuse. Je "travaille" très peu voire pas du tout mes textes, c'est assez brut ce que je publie dans l'ensemble, je m'y autorise vu que je n'ai pas l'intention de passer à la postérité je ne me sens pas de "devoir" faire les choses "bien" pour que cela plaise à Pierre, Paul ou Jacqueline. Si un texte me parle je trouve que c'est déjà pas mal. S'il rencontre l'autre ce n'est que du bonus. Et j’avoue que cela ne cesse de m'ébaudir. :)

      Des bises chère Célestine

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  2. Tu écris de la prose comme la poète que tu es.
    Ce texte est tellement beau et tellement juste.
    Je signe la dernière phrase de Célestine : parce que, véritablement, tu m'améliores.

    Je coïncide avec ce que tu dis, qu'on ne connaît jamais vraiment personne. Pour moi c'est quelque chose d'extraordinairement bon et dynamique pour soi-même et pour autrui. se réjouir du mystère de l'autre et se dire qu'on n'en aura jamais fini de le découvrir, admirer, l'aimer, le surprendre et se surprendre soi-même.
    Qu'y a-t-il de plus terrible que d'entendre dire quelqu'un d'un autre : « je le/la connais par cœur ! »
    (Je ne parle pas ici des gens qui nous déçoivent ou qui agissent mal et ne nous surprennent pas en bien)

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    Réponses
    1. Nooon? Si? Noooon. Voilà à quoi se résume ma pensée en découvrant vos compliments. ^^
      Il arrive que l'on voit/perçoive une personne jusqu'aux tréfonds d'elle-même, on en voit soudain toutes les failles et les ombres. En fait cela m'arrive très très souvent, en fait tout le temps je mens quand je dis qu'on ne connait jamais personne. Je pense que je connais parfaitement ceux qui m'entourent et c'est parce que j'ai cette faculté de voir en abîme ceux que je côtoie que je les aime. Parce qu'ils sont tellement humains, tellement fragiles. Oui il y a des parts d'ombres, de la malveillance même parfois en eux, ils cherchent à faire mal et ils le font n'en doute pas, mais je sais pourquoi ils le font parce qu'ils sont si blessés eux-mêmes. Comment pourrai-je leur en vouloir? C'est pourquoi je l'écris si souvent sur les résosocios : "Les êtres humains sont très fragiles". Et je le pense. Et je prends sur moi. Et je m'accroche à ma Lumière même si parfois je flanche. Je ne suis pas meilleure que les autres, loin s'en faut, mais j'ai cette hypersensibilité, ce regard acquis dans l'enfance qui m'oblige à considérer les autres dans leur totalité souvent douloureuse et à les aimer, bien que ce soit difficile.

      "Je la connais par coeur" oui c'est terrible. En effet. Il faut avoir un amour en Soi, pfff!

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    2. Tant pis pour toi, mais j'en rajouterai bien une couche !…
      Ce que tu écris il a fait toute la grandeur et la beauté de ton humanité. Voir les failles et les ombres chez l'autre, en comprendre parfois les origines, c'est bien faire en sorte de se donner la possibilité de les aimer « quand même ».
      Sans notre capacité à vibrer (notre sensibilité) il n'y a pas de rapports humains possibles.

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    3. Merde! Je savais bien que je ne pourrais jamais être muse à plein temps! On en avait parlé (pour rire sans doute) autrefois. Je me contenterais bien d'être un morceau d'aile de papillon. Mais pour inspirer quoi? L'amour, le sexe, la violence, la colère, le mépris! Quant à l'indifférence, si elle existe, tu ne l'écris pas.
      Alors? Alors je me contente d'aimer tes textes sans en chercher la source sinon qu'elle est toi avant tout, ruisselant des autres et de toutes choses. J'ai été touché par celui-ci et les échanges qui en émanent. Gémellité? Toujours est-il que j'aime me ressourcer ici sans pour autant vouloir y faire du nombrilisme. En espérant que ce n'est pas une lâche excuse à ma rareté. Bises éternelles

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    4. Hello mon gémeau, comment va?

      Tout d'abord, si je t'ai blessé de quelque manière que ce soit dans tes aspirations musesques, je te prie de m'en excuser: tu sais combien je t'adore. Le hic tu vois c'est que sa muse on ne la choisit pas. Je dirai même que la muse ne choisit pas non plus. Que les choses se font comme ça, peut-être qu'il y a reliance secrète, je ne sais pas, un jour c'est comme ça on est pris. On ne l'a pas voulu, il ou elle ne l'a pas voulu. Après il y a beaucoup de poètes qui ont chanté celui ou celle dont ils ou elles étaient épris.e.s. Le désir (plus que le vrai amour à mon avis) fait beaucoup chanter. La souffrance fait beaucoup chanter.

      Et puis de mon point de vue personnel il vaut bien mieux que la muse ignore qu'elle l'est, muse. Cela donne une grande liberté d'écriture. Par le passé j'ai tenté d'écrire "pour" mais ça me met très mal à l'aise. J'ai cette impression d'avoir enchaîné ma voix. Par exemple en relisant "Voyage en rond" je sais que j'ai fait quelques erreurs que je ne referai pas, comme dédier des textes par exemple. Il faut laisser les mots libres de voler. Il faut que chacun puisse s'en saisir.

      Tu es rare comme tout ce qui est précieux, et moi je suis aussi patiente que les cailloux donc nous sommes fait pour nous entendre :) Tu viens quand tu veux, tu seras toujours bien accueilli (même si je ne te cache pas que j'aimerai te voir plus souvent).

      Des bises

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