Massacre à la tronçonneuse



Oui, je sais. Je sais. Ce n'est "qu'une tourterelle".

Mais depuis un mois ma fille et moi nous l'avons observé en train de faire son nid avec son mâle, à trois mètres de notre balcon. Dans le grand cèdre. Ils avaient choisi une branche assez basse, le nid à peine dissimulé par un rideau de branches fines. Depuis un mois ils allaient, venaient. Lui prenant sa place tous les soirs sur le nid pour qu'elle puisse se nourrir. Nous avons observé leur ménage et leur manège avec intérêt, espérant bientôt apercevoir les petits.

Il y a trois jours enfin, nous avons aperçu deux petites têtes, ou plutôt deux gros becs ouverts qui s'agitaient. Nous nous sommes extasiées comme deux enfants.

Et puis hier ils ont débarqués. Les élagueurs. Il y a un vaste programme de rénovation de nos vieux immeubles en ce moment. Et l'opulence verte de mon ami le grand cèdre, gène les engins. Je leur ai dit "il y a un nid" , ils ont hochés la tête. Ce n'est pas la première fois qu'ils en détruisent un j'imagine.

Dame tourterelle est restée jusqu'à ce que la première branche tombe. Elle a dû abandonner ses deux oisillons. Hier après-midi il pleuvait des branches vertes vigoureuses. Et j'avais mal au ventre. Ils ont massacré ce cèdre qui est mon ami depuis vingt-cinq ans. Si atrocement mutilé que je ne sais pas s'il va s'en remettre. Une étude récente a prouvé que les arbres souffrent. Le mien gémit dans ma tête et ses moignons sont un vivant reproche.

Ma fille m'a grondé alors j'ai quitté la fenêtre. Je ne suis revenue que lorsque tout était accompli. J'ai vu le nid à terre. Et les deux oisillons écrasés.

Hier soir la tourterelle aussi, est revenue, passant de branches en branches, ne reconnaissant sans doute plus rien, elle cherchait son nid, faisait des bruits avec sa gorge. Peut-être appelait-elle ses petits, je ne sais pas, je ne connais rien aux tourterelles. Je sais juste que par cette risible empathie qui me caractérise, je me suis sentie triste tout le soir.

Ce matin la tourterelle est encore là. Et je suis si désolée pour elle...

8 commentaires:

  1. cela fait mal au coeur de te lire...
    ce nid écrabouillé et la tourterelle qui cherche ses petits
    et puis ce bel arbre fracassé, amputé de sa sève vive!
    oui j'imagine les dégâts et j'ai mal au coeur avec toi

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah la sève. Oui il y avait une forte odeur qui flottait due à toutes ces grosses branches coupées. D'ordinaire c'est une senteur que j'aime, ce parfum de résineux, mais là...

      J'espère que tu vas bien chère Coumie, en tout cas merci d'être passée bise :)

      Supprimer
  2. Quelle horreur cette histoire, Dé. Comment peut-on être si indélicat, si violent.... n'auraient-ils pas, les élagueurs, pu élaguer autrement et ailleurs, en protégeant ce nid, ces vies, qui après tout ne souhaitaient que vivre leur vie d'oiseau, et l'arbre, sa vie sensible de cèdre.... les oisillons écrasés, ton cèdre mutilé... et le papa mâle tourterelle, où est-il après ce massacre... pendant que la maman tourterelle si fidèle est à la recherche de sa couvée...
    Je comprends ta tristesse, Dé, et celle peut-être moindre de ta fille, dans tous les cas moins exprimée...
    bisou

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chère Den la vie de deux petits oiseaux ne vaut pas grand chose dans le monde des variables économiques des humains. Déjà que la vie d'un homme ne vaut que ce qu'il peut rapporter. Le papa tourterelle est revenu le soir comme à son habitude, il est resté perché très haut, pendant que sa compagne allait de branche en branche. C'est elle qui était le plus perturbée, le plus agitée. Ils sont restés dans le coin pendant deux jours et peut-être qu'ils ont compris que tout était fini, alors ils sont partis.

      Ma fille cherche toujours à me protéger, elle sait que les choses m'affectent. Elle m'a dit "Maman tu te fais du mal pour rien". Ma fille aime les animaux, tout cela l'a attristé elle n'a pas manqué de s'exprimer sur le sujet mais après elle est plus fataliste que moi.

      Enfin voilà. C'est comme ça, s'appesantir n'y changera rien.

      Bises, et merci d'être passée :)

      Supprimer
  3. Une métaphore de notre monde occidental, inhumain, irrespectueux de la nature...
    Le lien à la terre se défait.
    On oublie notre humanité, notre humilité, notre humus commun...
    «Le mauvais goût est le dénominateur commun des sociétés de consommation...» c'est de Sylvain tesson, et c'est tellement vrai...
    ¸¸.•*¨*• ☆

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Eh oui, et tout cela est d'une incommensurable tristesse. Quand j'entends que dans certains coins d'Allemagne 80% des insectes (et donc des oiseaux) ont disparu je suis atterrée. Et je n'arrive pas à comprendre comment on peut continuer notre train-train sans être horrifiés par le sombre avenir qui nous attend dans un monde où tant d'espèces se seront éteintes à jamais...

      Supprimer
  4. Bonjour. Je compatis...
    J'ai connu cela moi aussi. J'avais écrit quelque chose pour passer ma colère.
    https://sousuncerisier1.blogspot.com/2013/04/le-jardinier.html?m=0
    Bon courage

    RépondreSupprimer
  5. Bonjour, Lyne-Anke et bienvenue par ici. J'ai moins de colère que de chagrin à vrai dire, les jardiniers -je peine cependant à donner ce nom à ces hommes qui sont devenus des "techniciens" - font le travail pour lequel ils sont rémunérés sans se poser de question. Ils oublient trop souvent à mon goût que la Vie forme un Tout indissociable et que même celle qui parait la plus insignifiante doit être respectée, chérie...

    Merci d'être passée, à bientôt ... :)

    RépondreSupprimer