Accéder au contenu principal

Portrait à l'aveugle




Je t'aime.
Je suis fou d'amour pour toi.
J'aime ton gros nez
tes lèvres trop épaisses
sous ta moustache trop drue,
tes oreilles immenses et tes lobes
aussi larges que des assiettes molles
qu'auraient peintes le vieux Dali.
J'aime aussi tes bras maigres,
de Chippendale à l'envers,
ta brioche convexe
et ton absence de fesses,
aussi ces cannes de serin à genoux cagneux
flottant dans tes pantalons
comme pavillon au vent marin.
J'aime tes cheveux
raréfiés comme les feuilles en hiver,
tes coupes qui ne te vont jamais
et qui ne ressemblent à rien.
J'aime tes mains précieuses de fille
bien trop petites pour un homme
qui se veut si grand,
tes pieds de hobbit et ton caractère velu.
Mais ce que je trouve le plus joli
c'est ton affreux zigouigoui,
cette petite chose rose et racornie
que tu planques pour mieux sortir,
avec des airs de Napoléon après Austerlitz.
J'aime ta conversation érudite
cet écran de fumée derrière lequel
pointe toujours son oeil unique,
ta poésie qui se signe d'une corolle et d'un vit,
car tout tourne, même les affres philosophiques,
autour du maître de ces Messieurs
les femmes le savent bien.

Quand à moi on me dit aveugle
- et je le suis-
sauf à l'amour que tu m'inspires
et c'est tant pis.



2014
Marcel Pajot

Commentaires

  1. Enfin un vrai poème d'amour ! ....

    si le machin, le truc, la chose, lààà sur la photo, est considéré petit et racorni.... c'est que tu as grand appétit !
    :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a longtemps que j'avais cette image dans mes dossiers, je la trouve amusante et de circonstance ;)

      Et bien sûr cher Alain X ce texte est fait pour se décoincer les zigomatiks ;)

      Supprimer
    2. Je précise : j'étais sérieux dans ma première phrase ....
      C'est tellement ça (aussi) aimer .... Il y a bien plus précieux que l'apparente beauté toujours éphémère et si subjective d'un corps....
      Un de mes amis épousa une jeune fille de grande beauté, simple, douce, charmante... Nous, ses potes, étions jeunes, on l'enviait ! Et pis, les années passèrent, elle fut victime de je ne sais quels problèmes hormonaux complexes tels qu'elle devint obèse... Je vis combien il aimait sa femme toujours autant si ce n'est plus.
      C'est réjouissant ce constat que tout est bien au delà de l'apparence....

      Supprimer
    3. Oui de circonstance... Aimer, même dans ce naufrage inévitable qu'est le temps. Aimer quand même, hein ? ;-)
      Amitiés,
      Alain.

      Supprimer
    4. Oui Alain, ou aimer en dépit de. Je crois que c'est à cela que l'on mesure le véritable amour. Comme le raconte AlainX, bien des couples se défont dans l'adversité, la maladie. Il faut que chaque partie du couple soit le pilier de l'autre, quand l'un s'écroule il faut que l'autre prenne la charge un moment. L'amour qui dure est peut-être aussi un "travail d'équipe" ;)

      Des bises à vous et pardonnez mon absence je suis très occupée et je le serai probablement jusqu'en début d'année.

      :)

      Supprimer
    5. oh, vous trouverez toujours un petit moment pour moi ;)
      A.

      Supprimer
  2. Réponses
    1. Bonjour Jean-François, bienvenue. :) Oui merci, vous avez bien lu. L'amour en effet se soucie peu des apparences physiques, c'est bien autre chose qui nous lie, au-delà du regard, au-delà de la peau, quelque part du côté de l'âme peut-être...

      Supprimer
  3. Finalement, il est heureux que l’Amour soit aveugle ! Dans le cas contraire il ne serait assurément pas aussi désintéressé, aussi « beau », influencé par l’apparence, au risque de la superficialité. Il serait aussi tellement plus éphémère ! Et de ce point de vue, personne n’étant parfait, où ne pouvant le rester, l’Amour aurait-il même encore un sens s’il n’était lui-même « imparfait » ?
    ;-)*

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hello David :) Je suis entièrement d'accord avec toi. Je me faisais la réflexion comme ça que je n'avais jamais aimé des "prix de beauté". Les hommes que j'ai vraiment aimé dans ma vie n'étaient pas beaux, ils avaient bien d'autres qualités. La gentillesse par exemple, la tendresse. Ce sont des choses devant lesquelles de nombreuses femmes voient fondre leurs résistances. Quand à un "amour parfait" pas plus que toi je n'y crois ! :)

      :*

      Supprimer
    2. Bonjour Dé,
      Merci pour ton adorable passage sur mon blog :-) Je te souhaite à mon tour de passer d'excellentes fêtes de fin d'année. Profite bien de ce bonheur auprès des tiens ! Et j'espère que le Père Noël te gâtera :-)
      Je t'embrasse bien affectueusement moi aussi.
      David

      Supprimer
  4. coucou Désirée
    j'ai ri en lisant ton bôooooooo poème d'amurrrrrr
    et la zigounette, oups je l'adore!
    ;-))

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chère Coumie voilà un rire qui me va droit au coeur!! Merci!! Je t'embrasse :)

      Supprimer
  5. Certes l'amour est aveugle (en l'espèce un peu presse bite) mais parfois heureusement.
    La symbolique du naufrage est très ambigüe et j'aimerais interroger ce brave homme.
    Deux premières leçons sont à tirer:
    1:il faut toujours avoir un livre sous le coude.
    2:quand on est dans cette position il faut se méfier des requins.
    Je te souhaite plein de douces choses pour 2015 et notamment un zigouigoui à ranimer !
    Bises.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Fantasme et fantaisie

Imagine que ton plus grand fantasme ce soit de te voir servir au matin quand tu te réveilles, un énorme croissant - mais énorme hein, une viennoiserie maousse costaude - tout chaud, avec cette petite croûte dorée croustillante et cette senteur délicate, appétissante de beurre frais qui vient te chatouiller les narines, faire de tes glandes salivaires les chutes du Niagara ou du Zambèze (qui baise pas malgré son nom). Un fantasme si jouissif que tes papilles en fondent de désir tel le beurre dans la poêle à frire...

Bon. Imagine maintenant qu'un matin tu te réveilles parce qu'on sonne à ta porte. Tu ouvres et c'est ton fantasme (comment il a sonné? Avec l'une de ses "pointes" tiens pardi!) Tu es au bord de la pâmoison devant sa "chair" (c'est un croissant n'est-ce pas, pas une côte de boeuf!) soudain incarnée et il est tout comme tu l'avais imaginé: il sent bon et sa dorure te fait de l'oeil. Tu déglutis les chutes du Zambèze dans to…

Fille du non-vouloir

Petit haricot de cellules tourbillonnantes qui a grandit dans un océan de larmes en guise de liquide amniotique, voilà le fond de tristesse qui clapote en son âme. A travers l'épaisseur de la chair a t'elle senti les coups ? Par le cœur de sa mère a t'elle entendu les injures ? « Putain » disaient-ils en choeur en insultant une vierge. Enceinte certes, mais vierge.
Le secret dévoilé au bout de tant d'années d'incompréhension et de douleur. L'ignorance des jeunes de cette époque-là, tout se résumait à cela. Parce qu'on ne parlait pas de « ça » en ce temps-là.

Quarante ans de bagne à traîner un boulet plus gros qu'elle.

Et tout enfin, se mettait en place, toutes les pièces du puzzle. Tous les détails s'assemblaient pour dresser le portrait de la bêtise crasse. Le regard bleu glacé de colère méchante du père, comme une guerre froide face à l'innocence de ce petit visage. Son cœur à elle qui ne comprenait pas pourquoi. Et qui tentait encore et …

Souffle

Et puis il y a des relations étranges, rares, où c'est beaucoup plus qu'un lien qui se noue. Des relations qui sont des évidences, une reliance que l'on perçoit en soi très profondément. Et dont on arrive pas à se défaire. C'est bien au-delà du corps, c'est un noeud de l'âme.

Avec cette personne (parce qu'elle est unique) vous pouvez enfin PARLER. De ce dont vous ne pouvez pas parler avec les autres, tous les autres. Même ceux qui vous sont proches. La relation pourtant est difficile, perturbée par les blessures de l'un et de l'autre. Jusqu'au moment où le parasitage est trop important, trop prégnant, que le doute s'insinue et pour retrouver la paix vous vous réfugiez dans l'absence. De là vous continuez à parler à cette âme-soeur parce que le dialogue ne peut plus s'interrompre dans cette vie. Vous lui parlez à travers les poèmes, vous lui parlez d'air et d'eau, de lumière. Vous quittez votre "petit véhicule" pour…