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Chemin



Sweet Peter*


Chemin...chemin...tu me parles de chemin comme s'il y avait une destination. Tu sais comme moi qu'il n'y a rien.

Que le cheminement lui-même. Sous nos pieds que le vent. Au mieux la fumée dense de nos rêves.

Qu'on leur prête longue vie. Et même un peu d'éternité à défaut d'étreinte.

Nous marcherons jusqu'à l'extinction du plus petit de nos atomes crochus, mais je te préviens: c'est le plus résistant.

Il faut que je te dise, je n'ai pas lu tes dernières lettres.

J'aime ton papier. Ces enveloppes au gros grain humide, tendre, ce grain qui parle déjà de toi. Cette chose matérielle contenant tout l'immatériel de notre relation. Cette enveloppe qui contient le chemin commun.

Et ces restes évanescents de ton parfum. Bois et cuir sauvage. Diable! Cela te ressemble si peu. Je te verrai bien poudré de bleu, un jus d'âme teinté d'iris. Ou de rose de Damas. Pourquoi les fleurs seraient-elles réservées aux femmes?  En fait, ce que je préfère c'est savoir que ta peau a chauffé les parfums. C'est l'idée de ta chaleur, celle de ton sang, qui font vibrer les senteurs. C'est émouvant.

Donc, je ne te lis plus: je te hume.

Après t'avoir reniflé, je t'absorbe. Je te pose sur ma poitrine et je ferme les yeux. Pourquoi ouvrirai-je des lettres dont je sais déjà le contenu? J'entends les deux chants. La vague et la pierre. Tes mots sinuent entre l'eau et le roc. Les montagnes sont drues, leurs fronts culminent, pénètrent le ciel. Mais l'eau, tu sais bien que l'eau est plus forte que la plus haute montagne. Laisse donc venir l'eau.

Dans ta tête de nuages.

Parce que c'est encore toi qui fait obstacle, qui écarte les bras non pas pour l'accueil mais pour faire barrage. C'est encore toi qui a peur. De qui? De moi? De mon pauvre coeur diaphane?

Rassures-toi: il n'attend rien de toi. Mon coeur désire seulement que tu lui parles. Que tu lui ouvres la porte, simplement, rien de plus.

C'est énorme.

Je le comprends bien. Tu le perçois comme un risque majeur. J'aimerai être plus transparente encore pour que tu puisses voir qu'il n'y a pas d'eau noire en moi. Pour que tu aies enfin confiance. Vraiment. Sincèrement. Que tu cesses d'être cette enceinte qui me repousse quand je m'approche trop près. Que tu cesses d'atteler la douleur et la fuite à mes reins. Tout ça pèse trop fort sur mon âme...

Je ne lirai ta prochaine lettre que si je sens qu'elle s'adresse à moi. Vraiment. Sincèrement.

Laisse venir l'eau.




Elsa



* Note à benêt:    "oh sweet Peter, angel of my lifetime, answer to all answers I can find"

Donna Summer "Could it be magic"


Commentaires

  1. Tes textes sont toujours "prenants".... Le style, la musicalité, certains mots....
    Se laisser porter....
    Un quelque chose d'universel au creux du factuel, si bien mis en scène....
    Bref, c'est beau !

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  2. La chère Marie Rennard m'a écrit un jour que "Le style c'est l'homme" comme disait Monsieur Buffon. Elle n'imagine pas à quel point cette petite phrase m'a fait du bien, apaisée. Parce qu'à l'époque je me débattais contre quelque chose que je percevais comme une prison: le style. Je ne voulais pas avoir un style reconnaissable. Pour moi cela aurait été comme accepter une étiquette au mieux, rentrer dans une case au pire. La petite phrase de Buffon a fait elle aussi son chemin et je me suis libérée. J'ai un style qui m'est propre parce que ce style c'est moi. Aussi modeste soit-il. Soit-je. ^^

    Cher Alain je ne sais pas si j'écris de belles choses, je t'avoue sans fausse modestie que j'aimerai ça, vraiment. J'y aspire humblement. J'essaie en tout cas d'exprimer de la douceur, de la tendresse même si je n'y arrive pas tout le temps.

    En tout cas merci, ce que tu ressens fait du bien à quelqu'un qui est toujours plein de doutes ;)

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    Réponses
    1. Oui c'est exactement ça ! Ton style c'est toi ... Je ne pense pas qu'on peut "se choisir un style". Il vient de nous de l'intérieur, parce qu'il est élément de notre identité.
      Alors certes, on peut imiter, parodier, faire des "exercices de style", mais c'est comme aller déguisé au Carnaval. C'est sympa amusant, mais ce n'est pas nous....

      Toi, tu épouses ton style. ça se sent, ça se ressent. C'est cela que j'aime.
      Je ne dis pas que c'est spontané et sans "travail de la phrase", mais ça garde le gout de l'authentique parole.

      Je connais des auteurs de l'intime et du personnel (je ne citerai pas de noms...) qui, ça et là, sortent de leur style, histoire de faire plus..... je ne sais quoi... ou influencés par un éditeur ou je ne sais qui... hé bien ça se remarque.... Et je pense alors : dommage de se croire obligé d'en rajouter...

      Je ne suis pas du genre flatteur. Quand je te dis que c'est beau, c'est un ressenti vrai....

      Quant au doute.... comment dire.... as-tu essayé avec lui le grand coup de pied aux fesses ? Je t'assure, à force de se faire botter l'arrière-train, il finit par abandonner ! ....

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  3. Oui tout à fait. D'ailleurs je me disais que c'est exactement pour cela -parce que le style c'est l'individu- que l'on aime certaines écritures et pas d'autres. Et lorsque une personne essaie de travestir son propre fond, la plupart du temps ça sonne faux. Personnellement je le ressens très fort quand une écriture est falsifiée. Je ne sais pas pour toi mais je suis très sensible à la résonnance des mots, à ce qui se trouvent entre eux, derrière eux, tout au fond. On entend tellement si on écoute bien.

    J'admets être une personne simple, peut-être trop "brut de décoffrage" parfois, je pense que l'authenticité est une qualité cependant et je ne vois pas pour quelle raison je m'encombrerai de faux semblants. Ce ne serait juste pas "moi". Ceci ne voulant pas dire que je n'ai aucune délicatesse, heureusement. Je crois que je manque aussi singulièrement de pudeur, j'exprime tout ce qui me vient sans songer que je pourrai heurter les bonnes moeurs et les règles tacites de la littérature de bon aloi. Moi aussi je connais des écrivants qui fioriturent et font dans les effets de manches, pour ceux-là je suis "vulgaire". Mais ces gens-là n'ont plus d'influence sur moi aujourd'hui.

    Pour tout te dire, je travaille très peu mes phrases. Même quand j'écris de la poésie, je pose ce qui vient. Pof! pof! Je suis probablement très paresseuse. J'écoute la petite voix à l'intérieur et voilà. Rien de plus. Oui, t'inquiètes je te perçois comme une personne très proche de ma propre manière de penser et je me doute bien que tu n'es pas du genre flagorneur, moi-même je fais peu de compliments. C'est qu'il y a bien assez de flatteurs dans ce monde virtuel pas besoin d'en rajouter n'est-ce pas?

    Alors le coup de pied aux fesses j'ai essayé, le knout et le baton aussi mais il doit avoir le cul en cuir parce qu'il revient comme les poux à chaque rentrée! Bon je me soigne mais dieu que c'est dur cette lutte entre soi et soi!

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