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Affichage des articles du juin, 2013

Y rester longtemps

Moi non plus, je n'ai plus envie de vivre. Ça. Moi aussi, je ne respire qu'au milieu de l'herbe, je ne vois que sous le grand ciel et n'éprouve de réelle douceur que dans les bras de la nature. Dénaturé, c'est son mot du moment, je suis dénaturé, ils sont dénaturés. Elle se sent dénaturée, quoi. Ben moi aussi, ces jours, je me sens privé de ma nature, de la nature, d'un sentiment d'être relié à ces lieux sans goudrons, sans murs, sans voitures ni foule, sans routes ni chaos de bruits et de mouvements. Et il y a ce désir d'y être, d'y rester, longtemps, ce sentiment de n'en avoir jamais assez, de devoir quitter toujours trop vite, toujours trop tôt. Y vivre je ne sais pas, mais y rester longtemps, oui. C'est ma maison, là-haut, sur cette dune qui surplombe de loin la ville d'un côté, et embrasse d'un immense regard la chaîne des montagnes de l'autre. Sublime vertige incessant. J'arrive, je monte les …

Pat

Mon père est mort.


J'aurai aimé pouvoir écrire que j'ai "perdu" mon père. Mais cela implique que je l'eusse trouvé un jour...

Ce qui n'a jamais été le cas.

Je ne ressens rien. Si je regarde à l'intérieur de moi je suis "blanche". Ni froid ni chaud. Ni larmes ni joie. Rien. Je suis dans un no-mans land émotionnel où rien ne se passe. Ma stase est parfaite.

Il m'aura fallu quarante ans pour épuiser la soif que l'enfant avait d'être aimée de son père. J'ai si souvent couru vers lui les bras tendus, ouverts, fait tant d'efforts encore et encore. Pour ne jamais recevoir que sa colère et son mépris.

Mon père est mort avant-hier mais j'en ai fait le deuil il y a dix ans. Quand enfin j'ai été en mesure de regarder l'enfant en moi et de lui dire "ça suffit".

Je me retourne sur le passé. Ma mémoire est fraîche, les souvenirs ont encore des couleurs vives. A mon regard d'adulte conscient se superpose celui fl…

Autrefois, Vernaison

Image
J'avais une maison de sable et de galets
une rivière coulait
juste en bas de mon pré.
Il y avait des pêchers, cerises, abricotiers
une petite vigne
et du blé que le vent toujours balançait.
Un chemin amoureux se glissait
long et blanc au flanc de la colline
quand j'y posais le pied, je savais aller
vers mon paradis.
Une nuée d'enfants s'égayait chaque jeudi,
hors la vue des aînés,
avide de jeux et de cabanes,
nichée de moineaux griffés d'orties
cachés dans les taillis.
Nos parents quittaient nos mémoires
nous étions soudain libres
du clair matin jusqu'au soir
souverains bâtisseurs de notre république.