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"J'ai tellement de larmes dans ma bouche, que cela me suffirait pour boire toute ma vie" Consuelo de Saint-Exupéry

Elégie










Je l’écrivais… bientôt je n’osai plus l’écrire,
Et mon timide amour le changeait en sourire.
Il me cherchait la nuit, il berçait mon sommeil ;
Il résonnait encore autour de mon réveil ;
Il errait dans mon souffle, et, lorsque je soupire,
C’est lui qui me caresse et que mon cœur respire.

Marceline Desbordes-Valmore

Christian que j'aime




 "Je n'aime pas ceux qui parlent de Dieu comme d'une valeur sûre.
Je n'aime pas non plus ceux qui en parlent comme d'une infirmité de l'intelligence.
Je n'aime pas ceux qui savent, j'aime ceux qui aiment."

Christian Bobin in "Autoportrait au radiateur"
 

De la sagesse...








Pour évoquer sa foi, l’homme moderne doit se montrer rigoureux. Si on me pose la question « Dieu existe-t-il ? », je réponds « Je ne sais pas » car, philosophiquement, je demeure agnostique, unique parti tenable avec la seule raison. Cependant j’ajoute «Je crois que oui.» La croyance se distingue radicalement de la science. Je ne les confondrai pas. Ce que je sais n’est pas ce que je crois. Et ce que je crois ne deviendra jamais ce que je sais."
La nuit de feu - Eric-Emmanuel Schmitt

Nuance












"En notre siècle où, comme jadis, on tue au nom de Dieu, il importe de ne pas amalgamer les croyants et les imposteurs : les amis de Dieu restent ceux qui Le cherchent, pas ceux qui parlent à Sa place en prétendant L'avoir trouvé."

(La nuit de feu - Eric-Emmanuel Schmitt)

De Bonnes et Douces Fêtes à Vous


Noël 1963

Tout l'amour tente encor de gagner la bataille
La neige du jardin a pris son air d'été.
Dieu glisse doucement de la femme à la paille
L'aile de l'ange porte un peu de sang léger.

J'écoute quelque part marcher de lourdes bêtes,
La lune fait briller des tapis à leurs flancs
Et des rois costumés d'avance pour la fête
Avec des gestes ronds se parlent d'un enfant.

Cette année à Noël j'ai l'âge de la crèche,
Sa bonne chaude paille et le souffle profond
Du vieil âne et du boeuf qui réchauffent la neige.
J'ai mille ans de pitié enfermés sous mon front.

Que l'enfant est petit sans fin remis au monde!
J'ai mal en cette nuit pour les projets de Dieu,
Pour l'ange refusé, pour l'étoile qui tombe,
Pour ce qui est en route et pleure dans nos yeux.

Andrée SODENKAMP extrait de "Femmes des longs matins"

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Jamie Heiden



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
Paul Eluard

A ceux qui brûlent






Cette flamme qui brûle au fond des êtres est belle et pure. Ce n'est pas une déflagration qui calcine. C'est une action obstinée et réfléchie, une combustion continue. C'est la force de l'irréductible.

C'est une flamme qu'on ne remarque pas tout d'abord, parce qu'on est souvent distrait par toutes les étincelles et tous les éclats qui tourbillonnent sans cesse : la brillance, le luxe, miroirs partout tendus, phares aveuglants braqués sur les yeux, grandes plages de couleur, de blancheur.

Mais lorsque tout devient gris de fatigue et d'usure, lorsque la plupart des êtres se sont éteints et se sont effacés, alors on remarque cette lueur étrange qui brille par endroits, comme des feux de braise. Quelle est cette lueur? Que veut-elle? Est-ce le désir? Le plus simple désir alors, la force de la vie, la force de la vérité.

Ceux qui refusent les mensonges, ceux qui ne sont pas com­promis dans les affaires louches du monde, ceux qui ne se sont pas avilis, qui n'ont pas été vaincus, ceux qui ont continué à vibrer quand tous les autres se sont endormis : la lumière n'a pas quitté leurs yeux. Elle continue à sortir de leur peau, de leur âme, la lumière pure qui ne cherche pas à vaincre ou à détruire.

La lumière pour cette seule action : voir, aimer.
Je cherche ceux et celles qui brûlent. Ce sont les seuls immortels.


JMG Le Clézio
 ***

(ceci accompagnait ce texte. Ces mots sont toujours pour moi extrêmement vivants, émouvants, elle était déjà très malade... Comme m'émeuvent profondément les gens qui me percent et me voient telle que je suis au-delà des masques convenables. Danielle m'avait surnommée "Ziza", qui ne s'enorgueillirait pas d'un tel cadeau? L'auteure est passée de l'autre côté du miroir mais ses enfants accédant à sa demande n'ont pas fermé son blog. Il contient des merveilles de textes, de poésies, venus de tous les horizons tant Danielle était riche de toutes les cultures. Je vous invite à lire son espace qui demeure un lieu de lumière, trois ans bientôt après sa disparition...)
Ziza : éclat de lumière

Le cadeau est pour moi !!!
Quelle surprise de découvrir "ma" flamme en entête du texte profond de J.M.G Le Clézio.
Je l'apprécie toujours autant ainsi que Pascal Quignard et Erri De Luca.
Je ne sais pas quand je reviendrai, mais je reviendrai.
Je cherche à allier les textes proposés à ma voix : lire et dire. Pas facile de trouver quelqu'un qui pourrait m'aider !

La vie comme elle vient, sans gloire ni défaite excessive, jour après jour.

Merci infiniment, chère Ziza.