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Ainsi soit-il

 



La mort a volé tous mes anciens

et les ayant mangé

elle rôde désormais autour des vieux enfants.

Moi-même je me glisse doucement

sans hâte ni soubresauts

dans la peau tendrement transparente

du souvenir.

Je voudrai tant qu'ils pensent à moi

sans pleurer

comme je pleure ma mère...



Je ne crois plus en {dieu}

mais j'espère une surprise.



2024




Raison

 



Quand tu as disparu

je n'en ai pas voulu à Dieu.

Lui, comme nous 

avions remis ta vie entre les mains des Hommes.

Mais ils n'ont pas voulu te guérir.

Qu'importe, je n'en veux pas aux Hommes non plus. 

Tu avais choisi ton heure

renoncé à une existence qui te pesait,

mais nous, nous n'étions pas préparés

à tout ce vide.

J'entends maintenant les mots

de ton immense lassitude, cette déception

presque enfantine qu'ils contenaient.

Mais aussi les regrets,

tes excuses que j'ai repoussé

parce que ta peine me faisait mal.

J'espère que tu comprends que ta petite fille

avait bien grandi

et qu'elle n'avait plus rien à te pardonner...



2024


En sa jeunesse...

 

En sa jeunesse

elle aurait dû se pencher nue

sur lui

arc parfait de chair

à la fois femme et mère,

sa bouche tendre

posée en linge frais sur ses lèvres,

elle aurait alors captivé

ce rebelle.

Elle l'aurait pris 

sans vouloir le garder

lui aurait fait le don inestimable

d'un morceau de son ciel,

et s'en serait allée

sur la pointe des pieds,

éternelle passagère.


Mais la jeunesse est passée

ne reste qu'une pierre

lourde en son coeur

plein de regrets.


2024



Mes Nuits

 


La nuit me terrifie

le coucher ne m'est agréable que bercé

par la pluie.

L'eau claire dilue l'obscurité

et m'aide à respirer.

Le sommeil est un pays sauvage

cruel et sanguinaire, peuplé

d'hommes terribles.

Je ne m'y abandonne qu'en y tombant

comme une morte dans un trou.

J'y retrouve trop souvent les horreurs

que j'ai cru abandonner au bord

de mon lit, les crimes de sang, les bombes

les petits enfants disparus.

Jamais de paix, si peu d'amour,

de moins en moins de rêves doux,

 car c'est le monde qui me poursuit

me martèle les tempes, me bourrelle de cris,

c'est le monde vois-tu

qui dans la nuit ressurgit.


DT2023   

                                                                                      

"J'ai du sang dans mes songes, un pétale séché

Quand des larmes me rongent que d'autres ont versées

La vie n'est pas étanche, mon île est sous le vent

Les portes laissent entrer les cris même en fermant" JJ.GOLDMAN/Céline DION

Entre nous

 


Il y a ceux qui nous ont abandonné

entre le soir et l'aube

sans un mot, sans raison

nous laissant tel un enfant 

triste et nu, stupéfait.

Des années ont passées

je suis allée chercher celle 

qui disait m'aimer, mon amie

à laquelle j'ai déplu sans savoir comment.

Je lui ai fait un signe elle n'y a pas touché

alors j'ai renoncé 

le coeur serré d'être si malvenue.

Avec l'âge j'apprends les douceurs en bleu

 d'une tristesse résignée.

Cette tendresse est passée

et ne reviendra plus.


2023




Au long cours

 



Ma vie s'écoule lisse et tranquille

sur des galets tristes et gris.

Fendue ma montagne

avec des verdeurs trompeuses

et l'ubac transi.

Etrange soleil sur mes moraines,

du rire sur les larmes, de brusques frissons

dans l'août.

Etrange comme on respire un air 

devenu si aqueux, sans pourtant se noyer,

comme on marche encore dans un monde 

qui n'existe plus.

Malgré les douces promesses 

rien n'a entamé mon chagrin, 

je ne crois plus au Temps qui efface tout.


DT 11/2020


Damien  DREWNIAK


La lettre





J'ai caché ta lettre
entre les meilleures pages
de mes belles poètes.
Papier plié refermé sur un buisson ardent,
un incendie secret dans ma bibliothèque.
Tes mots restent un mystère
dont je n'ai pas la clé,
je ne sais pas te déchiffrer.
Mais quand je déplie la lettre
en tombent des étincelles
des étoiles par milliers,
aussi des velours et du miel,
des aubes sonores et des couchers de soleil.
Ce que je ne saurai lire
je sais bien l'entendre
tout cet amour murmure à mon oreille,
il m'appelle fleur, miroir, palais oublié
dans un désert
tu me reconnais
et je m'émerveille.




2020


Petites rimes









Fils de rien, moineau
pourquoi ces titres que tu te donnes,
fils de gueux tu revêts des habits royaux
mais d'où sors-tu cette couronne?

Vois je marche sur tes lys
humble et simple marguerite
et je pleure sur ton coeur qui m'évite
comme Myriam sur les pieds de son Christ.




2019

Chaque fois




Chaque fois que le lent mouvement des astres
qui régit l'univers
me ramènera vers toi
ne sauras-tu jamais m'accueillir
que pour me briser le coeur?
Tant de froide distance, de lippe pincée
de portes ouvertes puis refermées, dressé que tu es
sur ton propre rocher, tour à tour brûlant
puis frileux, triomphant et vaincu,
me refusant la parole
et moi les mains encore tendues.
Mais fragile sur mes deux pieds,
et si sûre de rien, car toi fuyant
instable, me donnant à nouveau le branle
le signal du départ pour que je m'éloigne,
me voilà à nouveau saisie
tirée en arrière, frappée par la voix trop claire
du clairon de la retraite,
me voilà emportée
dans le lent mouvement des astres,
où s'accordent ténèbres et lumière,
mais nous, jamais.


2019




Prière






Aba

Qu'enfin tout soit fini
ne me renvoie plus sur terre.
Regarde
vois mon âme n'est plus encombrée
lourde de la chair
ne reste de Moi qu'un fil de verre
où s'enroule ta Lumière.

Je ne crois plus en toi, j'ai traversé l'enfance
et les contes de fées,
j'ai déconstruit, j'ai simplifié,
effacé tous les mots des hommes
pour retrouver la nudité.

Je suis à nouveau dans la vibration
du monde, ta respiration initiale.

Aba

Quand je serai passée, s'il te plait
Ne me renvoie pas.


2018

Tu étais en vie




Tu pars il fait nuit.
Tu rentres il fait nuit.

Tout ton jour dans la pénombre
tu as veillé une machine
qui frappe lourdement du métal,
oubliant que par-delà les murs noirs
il y a le soleil. Ou la pluie.

Homme-outil, variable économique
courbé par le mépris et les cris
de supérieurs absurdes, écrasé
jusqu'à marcher derrière ta propre vie.

Ta vie qui se déroule sans choc, sans bruit
entre deux rails où tu somnoles
-l'index et le majeur des voleurs -
confisquée à ton insu.



2018
Jean-Claude Seine

Venise




Ô mon coeur, trésor, ma vie
s'écoule empruntant les canaux
de ton regard de mousse verdi.
Je tangue et gondole autour des roses
de ton torse, ce palais d’ocre que le soleil
a doucement tendri.
Je t'ÂME de toute mon aime.
Je viole à toutes gambes, m'élève
m'envoile où souffle ton nom
et du coup, me gonfle comme un gonfalon.
Je suis pomme à paumes, les tiennes
accueillantes à chère tendre et si chaudes
que je compote à glouglous radieux.
Oui, je t’âme mon grand canaille
Dessus dessous je ne suis plus qu’un pont
Et des  soupirs.


2017



Et fermer les yeux





Ciselures dentelles,
de givre.
Guirlandes graciles,
accrochées aux branches roussies
de la moustache,
comme à celles des sapins,
cadavres qui feront le trottoir
après Noël.
L'hiver me pare
de sa beauté mortelle.
Ciselures légères,
de gel,
qui s'ancrent et demeurent
à chaque crevasse, sillons mal rasés
de la gueule ravinée
par un alcool d'oubli.
Fausse chaleur, maigre sursis
aux veines, roule péniblement un sang bleui.

Je meurs sans bruit indigne,
rien ne doit déranger la très sainte famille.

Pour mon repos, la mort a fait ses bras tranquilles.
La neige est plume sur le pavé
j'y sommeille comme un enfant
et doucement vagit.




2007


Compte à rebours




Ô Mère.

Pendant qu'on t'assassine
pendant que tu râles à travers tous tes oiseaux,
tes baleines et tes lions,
pendant que disparaît ta musique d'abeilles,
que le silence tombe sur la Terre
comme sur un cimetière,
avec tous les autres, je fais bonne figure.

J'écris l'amour pour assécher le désespoir,
j'écris à mon coeur puisque c'est écrire au tien,
puisque nous sommes tous liés
- moutons noirs moutons bleus -
dans la même gerbe tombée au feu.

Ô Mère, ma lumière avec toi s'éteint
Et je souris encore, pour protéger les miens.

Je porte le masque des jours glissants
rapides sous la faux,
et pour ne pas mourir trop vite
j'écoute de plus en plus souvent
ton chant toujours puissant en moi,
qui monte et fait de ma bouche un appeau.
Je suis bien trop petite pour être ton porte-voix,
mais je ne sais plus vivre
sans être vive de toi.


2017

S'en fout







S'en fout les miaulements
les guilis-guilis
les souris, le rose bonbon
s'en fout de toutes ces conneries
ces menteries
qui creusent le ventre
et l'esprit.
S'en fout de tout
veut plus souffrir, envoie au diable
les faux amours
les faux amis
l'est pas un jouet
dont on jouit
mordra les doigts et les non-dits
en veut plus de tout ce fourbis
ces petits tours et puis s'en vont
des marionnettes et des flons-flons
du manège qui donne le tournis
veut du solide, du concret
du sincère, du vrai
sinon s'en fout
s'en fout, s'en fout, s'en fout!
Sent tout, prend tout
dans la gueule,
s'en fout pas quand ça uppercute sec
les dents qui volent
et le coeur qui pète
ramasse vite sa pauv'tête
et puis se répète
comme un mantra
un pansement raplapla
qu'elle s'en fout
que c'est la seule voie
alors s'en fout
souffre mille morts mais s'en fout
s'en fout, s'en fout, s'en fout...
Et si c'est pas vrai
tant pis, s'en foutra aussi.


2011

Amma





On m'a arraché de l'âme
la grande Déesse-Mère,
Aphrodite la ronde, Isis la fidèle,
pour y mettre un seul dieu mâle.

Mais quand il se penche sur moi
Il choisit son visage de femme...


2017

Aimer encore









Aimer
C'est aussi renoncer à débattre.
Non par lassitude
Mais par éblouissement.
C'est voir l'extrême vacuité de tout
Des mots
De l'élan guerrier du point de vue
Des dogmes
C'est choisir délibérément
D'être en paix
En lumière, en soi, pour soi
Sans l'autre souvent
C'est lui abandonner la joie
Aussi vaine soit-elle
D'une victoire
Et savoir jusqu'au coeur de son coeur
Que l'on a fait dans un sourire d'amour vrai
Le bon choix.



2014

Pour lui








Le soir, sous la voûte céleste
Elle agite ses bras, ses mains légères et créatives,
Elle ordonne le spectacle des sphères.

Et chaque étoile se fait obéissante
Va où elle demande
Brille comme une luciole ou un incendie.

C’est pour lui.

Pour  lui qu’elle crée des mondes parallèles,
Invente des points de passage
Vers de nouveaux paysages
Des édens binaires.

Des terres secrètes où l’on marche
Un doigt sur les lèvres, en silence, en souriant
Et il est avec elle
Même s’il ne sait pas y être,
Elle l’emporte partout où elle fuit,
Dans des mondes virtuels, beaux comme des paradis.

Alors n’empêche pas ses mains
De dérouler les rêves
Même en les prenant doucement
Dans la conque des tiennes.



2012

Laisser aller



"Il est impossible de protéger du malheur ceux qu'on aime: j'aurai mis longtemps pour apprendre une chose aussi simple. Apprendre est toujours amer, toujours à nos dépens. Je ne regrette pas cette amertume." Christian BOBIN in La Présence Pure.


Je referme la porte derrière Elle
et je quitte l'angoisse.

J'ai compris -mon dieu - j'ai compris
que je ne peux pas la porter
plus que les neuf mois requis.

J'ai si bien appris que l'amertume même
m'est tombée du coeur.
L'impuissance, l'acceptation,
j'ai marché bien au-delà.

Je referme la porte derrière Elle
et je quitte l'angoisse, toutes les questions
tout ce qui ronge et tue
pour laisser l'Amour nu
qui demeure la seule consolation.

2017

Si je ne l'écris pas





Si je ne l'écris pas, maman
qui saura après moi tes larmes,
tes larmes et tes colères, et ces jours si vides
que tu voulais disparaître avec eux
dans une eau de nuit...
Cette mémoire, cette histoire commune
où il n'y avait encore que toi et moi,
qui la racontera à ceux qui ne savent pas
qu'abandonnée, le soir tu pleurais
dans mes bras et que je rayonnais
de ne t'avoir plus que pour moi...



2015