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Articles

Affichage des articles du octobre, 2014

Parce que c'est beau, parce que ça me touche

Resté à quai, tu brandis un mouchoir,
cherchant des yeux l’autre bout de l’au revoir.

David PONCE

Saisons des amours

Obok n’est pas le plus fort, ni le plus grand des grands mâles d’Akagari. Mais il a ma faveur. Et les deux plus belles poches testiculaires qu’on ai jamais vu de mémoire d’agak. Rouge vif, brillantes et gonflées à craquer de liquide fécondant. Sa seule richesse. Son seul intérêt.
Obok n’est pas très intelligent. Mais aucun des mâles ne l’est. Nous leur laissons gouverner Akagari et se faire la guerre, tant qu’ils ne dérangent pas nos jeux délicats et nos chaises longues. Ils sont grands et forts, nous sommes malignes. Chaque année à la saison des amours, ils croient choisir. Les naïfs. Nous choisissons. Moi, Aya-Aya, j’ai choisi Obok.
Depuis deux jours tiers temps, il concentrique autour de ma maison. Il respecte à la lettre les usages et les rites. Son appendice caudal trahit cependant son impatience en venant battre mes murs. C’est comme un tambour qui rythmerait la montée de son désir. Son pas se fait plus pesant à chaque heure qui passe sous l’ardeur des soleils jumeaux. Il atten…

Lilith

Son corps.

Une multitude de bras et de jambes
Une poigne
Une gangue
Close autour de ton noyau
De ta sève, de ta chair et tes os,
Ta sueur, ton sang chaud
Tes coups de reins, ce désir aveugle et sourd
Qui te pousse vers la jouissance,
Ton seul point d'horizon, ton idée fixe,
Ton non-retour.

Dans les bras de la femme araignée
Tu n'as plus de tête
Tu n'es plus que va et vient, un mouvement
Un souffle dans la tempête
Un peu de bois sec prisonnier d'un tourment.
L'étreinte se resserre au plaisir croissant
Étouffe tes grognements de bête
Tes vagissements d'enfant.

A l'instant où jaillit le feu,
Son corps se referme sur tes râles
Comme un tombeau.
Elle t'accueille dans ses ombres profondes
Douces et rouges
La chair est confortable où tu t'endors.
Mais tu es mort dans son piège
Et tu ne le sais pas encore.


2010

...

On nous recommande la méditation. C'est très à la mode.

Est-ce l'ultime tentative pour résister à l’attraction du vide quand tombe le voile des illusions?

Méditer pour mieux marcher ensuite dans le brouillard?



Le Coeur Transfiguré

Si je t’aime ?
Je t’ai toujours aimé.
Je t’aime d’un ailleurs dont nous n’avons plus qu’un vague souvenir. Un souvenir ténu, fil d’Ariane qui nous relie par ce coin de mémoire inaccessible, qui sait tout mais qui se tait. Et dont on ne capte les yeux ouverts, que de vagues reflets comme l’onde mobile trahit l’éclat furtif de la truite. Un éclat argenté, rien de plus. Le reste, c’est le cercle dans l’eau qui nous le dit.
Je ne sais pas, même encore aujourd’hui, ce qui nous rapproche, aimante nos pôles antagonistes. Je ne sais pas mettre un nom sur cette chose, ce noeud, ces barbelés, cette cellule ouverte, ces menottes mentales. C’est comme un appel, un effluve, une trace, c’est indistinct, incertain, et potentiellement indestructible. C’est comme une soif qu’aucune source ne peut étancher, une faim que même la mort ne rassasiera pas. Je le subodore.
Peut-être que c’est beau. Peut-être que c’est moche. Peut-être que c’est faux. Peut-être que c’est un songe. Ou un cauchemar.
Que faire…

Être son héroïne

Chaque femme est pour un homme, d’ici ou d’ailleurs, vêtue d’or et de puissance ou de poussier de charbon et de colère, celle qui règne sur l’empire de ses songes, le seul, le grand amour, celui qui rend les autres amours dérisoires, presque ridicules, la femme, avec F comme fée, comme fête, comme féerie, comme fantastique, comme fenaison, comme fumée, comme fantaisie, comme fureur, comme fantôme, comme frontière, comme fontaine, comme folie.

Chaque femme est le point vivant, mobile, unique et précis, vers où convergent tous les sentiments d’un homme, qui pour elle goberait les océans, boirait la ciguë, abreuverait les pierres ou les oiseaux de chaque goutte de son sang, contre un sourire, un regard, une parole pas forcément audible, un murmure, un geste, même inachevé.

Chaque femme est, a été ou sera cette brûlure à rien d’autre comparable, qui laisse d’invisibles et ineffaçables cicatrices sur l’âme d’un homme.[...]

Théâtre escorté d’ombre et de soleil, chaque femme est l’héroïne d…

C'est à cause du chat

C'est à cause du chat
qui dort rond comme une galette
au bout du lit
que mes pieds ne dansent plus la nuit
sous les draps.
C'est parce qu'il me rappelle
à coups de petits crocs blancs
qu'il est là
tel un point au bout de moi
que mon agitation cesse.
C'est le calme du chat
qui s'insinue en moi, son regard immuable
sa grande sagesse, son immortalité.
C'est à cause du chat si je m'apaise,
si tout redescends, si chaque chose reprend sa place
ni trop haut ni trop bas,
c'est à cause du chat que je deviens chatte
que je me pose en sphinge d'obsidienne
et que du fond de mon temple, je contemple
tout ce qui vient à moi.


2014