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Suite balnéaire (3)





Surveiller la météo d'abord.

Prévision à cinq jours, trois, deux, un. Il fait beau? Partez!

Couler avec le flot vers la côte. Deux accidents en « post-it » pour se souvenir que "c'est si vite arrivé". Les bouchons c'étaient hier, aujourd'hui la route semble glisser comme le dos d'un chat qui s'étire sous la caresse du soleil.

Jouir du changement de paysage, passer du vert au maquis. Le Gard et ses clochetons de pierre sèche au-dessus des églises, les touffes de végétaux un peu maigres, économes, épineux.

Puis la sentir. Des kilomètres avant, son haleine parfumée. L'imperceptible frisson, vague émotion au creux du ventre de savoir celui du monde si près. La mer.

Arriver encore tôt et avoir plein de places où se garer. Un luxe.Tomber la chemise pour le maillot. Avoir pensé à tout, à tout y compris à la bobologie, sauf à son maillot qui bronze à la maison dans le tiroir en compagnie des petites culottes. Cornecocu! Avec son mari râlant en sourdine aller au pas de charge jusqu'à la station et acheter vite fait à prix d'or une tenue affreuse pour le bain. Sans l'essayer. Avoir une vision si déformée de son corps qu'on a choisi un maillot deux fois trop grand, une barboteuse inconfortable pour la journée. Qui baille si fort aux jambes que chaque fois que je bouge les vacanciers échoués sur le sable peuvent admirer ma lune ou mon soleil.

Heureusement ma soeur a dans son escarcelle des épingles à nourrice: j'invente le maillot punk.

Ma mer est froide.

Elle se prend pour la mer du Nord une fois de plus. Pas de méduse à dix-huit degrés, pas si folles.J'y vais quand même, ce n'est pas la température glaciale de l'eau qui va me gâcher mon plaisir !

En fait, si. J'ai les pattes sciées.

Midi. Nous dégustons des sandwichs jambon-beurre qui crissent sous la dent. C'est que Mistral nous a suivi depuis la vallée du Rhône où il souffle comme un forcené, crie dans sa camisole, entre Alpes et Cévennes. On revient croûtés, crépis, mais la peau douce à force de gommage à la crème solaire et au sable. Quand je pense qu'il y en a qui paient pour ça.

Ma fille pudique en diable s'offusque des vieux nichons qui traînent sur la plage sans aucun complexe. En riant je lui explique que la gravité est sans pitié et qu'elle tire tout vers le bas. Les seins, les ventres. Jeunesse sans pitié qui nous verrait bien nous baigner, nous femmes mûres, en costume début 1900, pour ne pas offenser leurs jeunes yeux.

Quinze heures une glace à l'eau goût citron vert. J'adore le sorbet de citron vert. Les vendeurs de glace paraissent caramélisés à force de soleil. Leurs "chichis" n'ont pas beaucoup de succès. Quelques gens du nord à couenne cramoisie bien grasse mangent des beignets gras. De belles peaux blanches s’offrent à crédit leur futur mélanome. Des seniors s’exposent presque nus en dignes héritiers du "flower power", la jeunesse a remballé ses strings. La pudeur est de nouveau tendance.


 J’ai marché dans ton ventre. J’ai marché longtemps dans tes eaux originelles au parfum placentaire. J’y étais bien, régénérée, il y avait mon père par-dessus ma tête couverte de paille, donc de terre. J’étais au centre invisible de tout, au centre de rien. Dans un nœud énergétique que nul ne voyait, que moi. J’étais dans la juste vibration puisque j’étais dans ton haleine, au point UN de la Vie. Qui d’autre était là ? Je ne saurai le dire. Y en avait-il d’autres à tressaillir, à vibrer, à transcender la plage couverte de morts ?...

Commentaires

  1. Bonjour Dé,
    Je prends plaisir à lire ce texte très autobiographique, même si pour ma part la mer ne m’attire pas du tout, la plage encore moins. Je sens là un moment simple de bonheur et en même temps il plane sur cette plage comme un nuage gris, le sable n’est pas totalement blanc, il y a comme une fêlure qui se cache dessous, une espèce de mélancolie. Le dernier paragraphe est transcendant ! Toujours des mots si justes et si puissants ! Je vais relire encore…
    J’espère que tu vas bien ? Je viens de passer une semaine affreuse, malade pendant mes congés ! Et demain déjà le boulot reprend, à fond, étouffant, j’angoisse un peu ! Je préférerais même la plage tu vois ;-) J’adore aussi le sorbet citron vert ;-)
    Bises :-)*

    RépondreSupprimer
  2. Cher David, j'espère que tu te remets de ta mauvaise semaine. En plus pendant tes congés c'est vraiment pas de chance! J'en profite pour te dire que si tu as des envies de bavarder, vider ton sac, je suis par là même si je ne communique pas beaucoup sur mon blog. Ma boitamel ne t'es pas interdite, au contraire. :)

    Mes "descentes" à la mer m'inspirent toujours beaucoup c'est le troisième texte que j'écris à ce sujet. Et c'est bien dans les quelques lignes de fin que je tente vraiment d'exprimer la charge émotionnelle que je ressens à chaque fois. Je n'ai jamais la tête vide sur une plage, c'est comme si j'y tétais le monde originel. Assise sur ma serviette ou plus souvent tout au bord des vagues, j'ai parfois la sensation de me dilater, de m'amplifier. Une forme de méditation hyperconsciente je dirai, si ça existe ^^ Je ressens des choses très fortes aussi dans les forêts, les sous-bois.

    Suis un peu bizarre hein? ;)

    Bises :o*

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