Des Roses




J'ai aimé votre enfance.


J'ai aimé son flot sans heurt, sans remous, et pourtant joyeux, bondissant, clair comme celui d'un ruisselet entre quelques cailloux de printemps. Votre enfance fut vert doux comme un chaton d'avril.

Et les jours coulaient pareillement limpides, baignés d'une lumière qui ne faisait pas encore mal.

J'ai aimé vous tenir au jardin de mes bras. Mais vous y avez poussé jaune soucis, sous un soleil ambigu. Mes illusions avaient planté des roses.

Les tempêtes sont venues, passées, restées pour certaines, et je n'ai rien pu faire. Que recevoir la pluie, vous abriter entre mes bras. Ou du moins, tenter de vous garder au chaud, au sec.

L'eau m'a rempli ras les créneaux. L'enceinte s'est effritée, minée misère. Fatalité. Que peuvent mes bras d'amour contre toi ? Rien. Si ce n'est demeurer jusqu'à l'heure du tomber. Jusqu'à l'heure du tombeau. En restant forts, clos, ouverts, jardin, fontaine, forts, forts, forts.

Mon été au ventre fut frappé. Août est désormais deux fois nu dans sa chair si fragile, à peine garanti sous sa force léonine. Saura-t-il traverser tous les tourments qui restent avenir sans y laisser l'espoir et le rire? Que d'orages s'amoncellent, piaffant noirs et furieux à son ciel, les crocs découverts...

Reste Janvier, le front clair. Grand et droit, mais tendrement naïf. Cet hiver-là croit. Il jongle comme saltimbanque avec les jours de son futur. Il ne sait pas. Mais peut-être que si. Peut-être que les nuages l'épargneront.

"Femme, tu plantes encore des roses, réveille-toi."

J'ai aimé votre enfance. Elle perdure en moi et fait ma force. Mon terreau.L'éternelle nouveauté de l'amour.

Et, sais-tu, mes graines de roses sont devenues  des roses,
Sous l'apparence des soucis.


2008

Commentaires

  1. Que c'est beau !
    Merci Désirée pour ce magnifique texte.
    ¸¸.•*¨*• ☆

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ecrit il y a longtemps mais toujours d'actualité. C'est vrai j'ai adoré l'enfance de mes deux enfants et j'aimerai souvent avoir une machine à remonter le temps pour aller serrer leur petit corps contre moi, fort, fort, rien qu'une fois. :)

      Supprimer
  2. Tes mots sont splendides, Dé, si poétiques, si profonds. Ils m'émeuvent car ils touchent ma fibre que je pense lire chez toi maternelle... te devinent fragile entre tes lignes si belles qui expriment tant le cheminement heureux, douloureux de la petite enfance perdurant, toujours, semée en graines de roses vers l'âge grandi devenu roses..... c'est très beau. Merci pour ce texte très fort...
    Douce semaine à toi.
    Bisous.
    Den

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Den. Oui maternelle je le suis, enveloppante sans clore toutefois. Accueillante, ils viennent vers moi quand ils le veulent, je ne leur impose rien, ils décident de leur vie et je leur souris. Tant pis s'ils font des erreurs c'est comme cela que l'on grandit.

      Bonne et agréable semaine à toi de même, bises :)

      Supprimer
  3. Un très beau texte qui me touche car je ressens pareil, tout pareil exactement...
    "J'ai aimé votre enfance. Elle perdure en moi et fait ma force. Mon terreau.L'éternelle nouveauté de l'amour." Si beau et tellement vrai !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui je me doute que ce texte là puisse te toucher: par certains aspects nous nous ressemblons beaucoup ma chère "Ka'" :) Bise

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le visage du courage

Don

D'un monde à l'autre