Froid dans le dos

Choi Xooang



Tu étais là
comme deux ailes
entre mes épaules
avant la Porte
l'arrachement de la naissance.

Tu en as perdu la mémoire.

J'en ai retrouvé peu à peu
l'effroi.

C'est un sel dans ma bouche,
un déséquilibre quand je marche,
une absence de poids dans le réel
pour n'y poser ne serait-ce qu'un pas.

Il me faut vivre connaissant
ton absence,
marcher bancale et blessée
en attendant l'autre monde
où nous serons réassemblés.


2016
   


Résurgence



Après qu'il soit parti.

Après qu'il l'ait abandonné au sol comme un fruit mordu.

Pelée brutalement de tout ce qui la recouvrait
- maigres remparts de toile -
elle n'a pas bougé.

Elle a regardé les étoiles.


Elle a regardé les étoiles, leurs faces pâles
et désolées, mais qui encore brillaient,
palpitaient dans la nuit de l'homme,
en perçaient toute l'obscurité
pour s'en sauver.
Elle n'avait plus que deux yeux
qui regardaient les étoiles,
et ce corps fouillé, martelé de coups de reins sauvages,
elle refusait d'en percevoir la douleur
l'affreux outrage:
ce n'était pas le sien.


Elle regardait les étoiles,
et les étoiles   - une à une -   sont tombées,
ont coulé sur son front, sur ses lèvres sèches de cris,
sur ce corps nu inerte, abandonné

à la lumière maternelle 
et lentement, très lentement
les étoiles 
l'ont lavé du viol,

doucement ramené du côté de la Vie.

2016



Sous le boisseau




Je vois une très faible lumière
un or pétillant d'une vie nouvelle
dont quelques modestes éclats tentent encore
d'échapper à l'huile noire d'une nuit d'encre
qui tombe de mains d'hommes sur les hommes
comme un sable sans fin
et la lumière palpite si faiblement
que je crains qu'à tout instant
l'obscurité l'emporte.

C'est aujourd'hui ou plus jamais
que les peuples du monde se dressent
et vont partout assemblés, le front barré d'étincelles.

Deux voies étroites s'offrent à nous,
l'une va vers la lumière, l'autre vers notre destruction.


2016

Moissons funèbres





Un déluge de métal brûlant
a zébré de feu la joie des retrouvailles,
fait dégringolé des chaises les sourires,
les beaux regards clairs.

Des sillons ouverts dans les chairs
on a vu surgir
des fleurs écarlates vivantes,
liquides,
au parfum de fer.

Du terreau des corps enchevetrés est monté
comme un brouillard, une exhalaison,
le fantôme des vies arrachées.

C'étaient deux soeurs que pleure un père,
qu'une mort indifférente a moissonné
dans leur blé en herbe.


2015



...suite aux attentats.

A vous










Je ne pense pas repasser par ici avant les Fêtes, j'ai beaucoup à faire. Je vous souhaite donc, mes chers passants, de très belles Fêtes de fin d'année. Un doux et chaleureux Noël, qui reste pour ma part un moment que j'apprécie particulièrement parmi mon impétueuse famille, moment de lumière, d'espoir, d'amour. Je vous souhaite non pas des cadeaux, mais le présent inestimable de la tendresse des votres, de leurs regards, leurs sourires.

Avec mes bises les plus amicales

Evidemment...




Les places sont arrivées après les "événements". En deux volées. Cinq billets officiels. Pour Elle et les potes. Deux concerts. Deux fois plus de risque d'être une cible.

Evidemment qu'elle ira. Evidemment qu'elle sera là, dans la fosse, puisque c'est l'endroit qu'elle préfère, au plus près des artistes.

Alors bien sûr que j'y ai pensé, à tous ces gens qui étaient là-bas, au Bataclan et que la mort a cueilli avec une violence inouïe. Bien sûr que je lui ai demandé d'aller dans les gradins s'il y en avait, son père a rajouté "Ou tiens-toi près des issues de secours" et elle a souri. Elle ira dans la fosse parce que c'est ce qu'elle préfère et ce ne sont pas les assassins qui vont décider de sa vie.

Peut-être décideront-ils de sa mort, mais pas de sa vie.

Et moi je convoque les anges gardiens et tous les bons esprits, je la pare d'un amour sans faille, je la vêts de lumière, je la fais invincible. Si tous mes gris-gris et mes talismans, mes prières, mon amour puissant, ne la protègent pas alors je m'incline, c'est que l'heure était venue. Et tous mes pouvoirs s'arrêtent au point de passage final.

Je n'ai pas peur, je rends ma fille au hasard, au destin, enfin je la remets entre les mains de. Je la confie, je la pousse hors de mes bras, qu'on en prenne bien soin, c'est la seule que j'ai. Je l'aime comme je n'ai jamais aimé personne, dans un don absolu. Comme je l'écrivais il y a longtemps, le véritable amour je l'ai appris de mes enfants, pas des hommes.

Elle ira au concert. Deux fois le même mois. Deux fois je vais retenir mon souffle, mon sang dans mes veines.

Et elle reviendra.

Hors la lumière





Pour que je puisse remonter
laissez-moi toucher le fond.

J'en suis encore à essuyer
le sang, les larmes
avec ma joie.



Nov 2013