Après sa mort...

 

Peter Vilhelm ILSTED


Sur le trottoir

offertes aux passants

dans de vieux cartons,

tes petites passions.

Ce que tu aimais collectionner

minuscules plaisirs

sans aucune valeur, ni utilité.

Et voyant tes grenouilles en plâtre,

tes verres à bière dépareillés,

j'ai une tristesse au ventre

comme si c'était toi

que tes enfants avaient jeté.


2024


A F.P



8 commentaires:

  1. Je ressens moi aussi la douleur que tu exprimes dans cet écrit poignant. kéa

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    1. Ces cartons posés sur le trottoir m'ont beaucoup peinée, pourtant je connaissais peu ce monsieur, un peu mieux son épouse. Elle était Allemande, d'où le goût de son époux pour la collection de chopes à bière. Je comprends bien qu'on ne puisse tout garder d'une personne disparue, mais c'était désinvolte et maladroit de déposer ces collections sur le trottoir...

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  2. Comme c'est difficile de voir s'écrouler un monde, quel qu'il soit. Celui d'un défunt est fait de toutes ses joies, ses peines, ses envies, ses objets, ses écrits... Comment faire le tri tout en respectant sa mémoire ?
    En quelques mots, tu décris un drame ordinaire.
    C'est la grande force de ton texte, il soulève des tonnes de questions...
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Et surtout ça nous renvoie à nous-mêmes. Qu'est-ce qui restera de nous, de ce qui faisait nos joies? Il y a bien des choses que l'on aimerait voir transmises. Mes livres de poésie préférés en petites éditions rares, mon Bobin...ces choses qui se retrouveront sur le trottoir parce que personne dans ma famille ne goûte la poésie ou apprécie de lire Bobin. C'est ainsi. Et basta! Parce qu'au juste ce que je veux qui reste de moi vraiment, vraiment, c'est l'Amour que j'ai pour les miens :)

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  3. Vider la maison d'objets emplis de souvenirs, c'est une épreuve.
    Le monde continuera sa course sans moi, sans toi sans elle, sans lui , sans nous , sans vous.....rien n'est éternel, est-ce rassurant ou triste ?

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    1. Les deux peut-être, non? De notre mère nous n'avons donné que ses vêtements et je l'ai ressenti comme un abandon, voire une trahison. C'était quelque part devoir accepter déjà, sans avoir eu le temps de faire son deuil, qu'elle soit partie pour toujours. J'ai conservé deux choses d'elle: une cafetière en porcelaine que je lui avais offert quand j'avais dix ans et un lithophane qu'elle aimait beaucoup. Ma soeur puînée a conservé son sac à main avec toutes ses affaires personnelles dedans, est-ce un bien ou un mal je ne sais pas. Ce que je sais c'est que chaque fois qu'elle le voit ça lui brise le coeur...

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  4. J'étais jusque-là passé à côté de ce billet. Il est vrai que les visites d'enfants et petits-enfants occupent les journées de vacances.
    Compliqué ce que tu évoques. Où commence et où finit le « détachement » de tous ces objets, toutes ces choses auxquelles s'attachaient un défunt. Et peut-être même qu'on a gardé du dérisoire insignifiant à ses yeux et jeté de l'essentiel pour lui.
    Il faut parfois du temps pour passer à l'autre étape, celle de l'autre présence, celle « d'après la mort » vers laquelle on se tournera… ou pas…Celle qui n'est plus « matérielle ».
    Alors une nouvelle aventure lumineuse, cachée jusque-là, peut s'ouvrir. Mais il faut traverser. En avoir le désir.
    (Qu'il en soit, encore un beau texte qui interpelle fortement et en quelques mots dont tu as le secret.).

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    1. Les visites d'enfants et petits-enfants sont des perles de bonheur. J'ai deux enfants et je doute d'avoir un jour des petits-enfants. Pour ma fille la chose est certaine. Mon fils a une nouvelle compagne depuis six mois, une fille qui sait ce qu'elle veut. Qui est dans notre famille comme dans la sienne et je trouve cela épatant. Ils ne parlent pas d'enfant mais n'y sont pas fermés: un jour... :)

      Je pense que ce qui m'a tant attristée c'est le fait de voir ces verres dans ces cartons posés là sur le trottoir. Il y avait un petit carton écrit: "Servez-vous". En fait ces verres sont partis presque de suite, ils ont donc eu une seconde vie. Et au fond c'est tant mieux si on y songe ils ont fait plaisir à une autre personne plutôt que d'avoir été jeté à la benne.

      C'est drôle que tu parles de "l'autre présence" immatérielle parce que c'est le sujet du texte en dessus...;)

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