....
Tu sais, les gens qui s'éloignent
j'ai peur de les poursuivre...
Alors je reste immobile
dans la parcelle d'ombre
qui est dans la lumière
et j'attends
j'attends
j'attends
j'attend
j'atten
j'atte
j'att
j'at
j'a
j
Je
disparais.
2014
Photo DAVID PONCE. J'ai eu un gros coup de foudre lorsque tu as publié cette photo, j'espère que tu ne m'en voudras pas de te l'avoir emprunté...
Des longues saisons
Nous avions des étés
qui nous brûlaient le front
et des hivers
qui nous brûlaient les mains.
Les saisons étaient amples
et profondes,
nous les habitions pleinement
comme si nous avions
le temps.
J'aimais les étés et mes pieds
dans la moindre flaque,
les blés si blonds bercés
par le Mistral
et les orages qui finissaient
la tête contre la montagne.
J'aimais l'hiver blanc et dur
sous la botte remplie de paille,
nos visages rouges et ce froid
qui ne nous empêchait pas
de battre la campagne.
L'automne fleurait le sexe
dans ses sous-bois humides refermés
sur les chaleurs d'été,
c'était un faune tout ruisselant de bronze
et d'or, le printemps, la nymphe rose
qu'il poursuivait.
Tout était si beau
du temps des longues saisons.
Nos mains devenues adultes,
inconséquentes
ont brouillé les couleurs du tableau.
Les saisons s'effacent
et passent,
de plus en plus rapides, sans force
dans des couleurs liquides.
Le printemps ne sait plus en quel mois
il habite, il fleurit en mars
et se meurt sous la neige d'avril.
L'été brûle ses fruits,
l'automne a perdu sa fête virile.
Nous voici par notre faute, tous punis
par un temps presque uniformément gris
de saisons qui transitent sur la pointe
des pieds, en catimini...
2014
Les yeux d'Emma
Un ciel a percé
crevé
sa bulle d'orage
perforé sa membrane
a coulé à pic
s'est vidé
jusqu'à l'ultime goutte
comme un grand sablier bleu
au creux de tes yeux
emplissant la plaine immense de tes orbites
de l'idée des anges et des dieux.
Miroir d'eau.
Il n'y a jamais eu de tempête
seulement une insondable paix
dans ton regard aussi neuf que le monde.
Passage.
Porte. Il y a des portes partout
l'aube de ta prunelle est la plus évidente.
Je vois le gué pour rejoindre un seuil
et sans appréhension, je traverse.
Le coeur qui s'essaie à la lumière
est l'obole
ton sourire est la clé
et tu offres à mon âme éblouie
un droit d'entrée.
2007
Le livre de Poonh
Page seconde
"- Il m'arrive de drôles de choses ces temps-ci tu sais Ooor. Je crois que je suis en train de faire une nouvelle mue...Je suis là assise au bord d'une vie et d'un coup cela pousse de l'intérieur de mon corps.
Les filaments.
Une multitude de filaments. Blancs, lumineux, vivants. Comme ces gracieuses anémones de mer, ils ondulent doucement dans l'air comme dans le vent. Je ne sais pas ce que c'est d'où ça vient, en tout cas c'est en dehors de ma volonté. C'est là et ça vit. Je ne suis pas le "noyau". Le point de départ du phénomène est ailleurs, loin, en dedans au-dehors.
Les filaments viennent caresser l'autre qui ne sent rien, ne voit rien. C'est très doux, non invasif. Peu à peu mon vis à vis est enveloppé dans une gangue luminescente. Et quoi qu'il dise je ne peux que l'aimer. Le comprendre jusqu'au fond de lui-même. Cette chose c'est de l'amour qui se matérialiserait ...juste pour mes yeux. Tu vois?"
Poonh serra plus fort ses genoux contre sa poitrine dans le cercle de ses deux bras, ses ailes l'enveloppèrent, la cachant aux yeux de tous mais pas d'elle-même. Dans l'ombre ambrée de sa plume, sa pensée s'évasait. Ooor, toujours invisible, attendait patiemment la suite de son cheminement. Sa voix claire aux tonalités si calmes s'éleva à nouveau.
"- Tu sais, il y a des vies auprès desquelles on est assis comme au bord d'un puits. Pas besoin de se pencher pour entendre hurler la souffrance tout au fond...
Tell a un trou en elle. Au centre. Un trou rond, noir et profond. Et je suis tout au bord, tout le temps, prête à tomber. Sa souffrance tue hurle en moi.Sa souffrance est ma souffrance. Regarde: j'en tremble rien que de la dire. Sa souffrance camouflée sous les choses qu'elle possède, son goût du luxe, sa classe, son métier. Mais tout ça c'est de la poudre aux yeux. Un maquillage putassier. Un turlututu pour masquer le vide et les larmes cachées dans l'obscurité, le soir.
Elle qui ne désire que deux bras pour l'entourer.
Parfois, le vernis rouge craque, et ce qu'il y a au fond remonte violemment. Cela atteint le bord du puits, le bord des lèvres, ça brûle certainement. Et puis...ça redescend. Faute de mots, ça redescend. Faute d'oreilles qui voudraient bien écouter. Aussi. Surtout.
J'avoue je suis lâche et ce qu'il y a au fond du trou me fait peur. Je n'ai pas encore agi, je n'ai pas encore tenté le moindre geste pour essayer, ne serait-ce qu'un peu, d'aider Tell. C'est que je ne détiens pas de miracle dans ma poche ou mes mains, je suis consciente mais j'ai de faibles moyens! Je n'ai pas de pouvoirs magiques, je ne suis pas le Maître des Illusions. Je ne suis pas de ces gugusses qui posent leurs mains sur votre visage et décrètent: Vous êtes guérie. Cela fera cent pièces d'orfle. »
Poonh serra davantage ses genoux, sachant par avance ce qu'Ooor ne manquerait pas de lui répondre. Et il le lui dit parce que tel était le rôle du Passeur, avec cette manière douce de pousser vers l'avant et le haut ses hésitations.
"- Non, ce n'est pas vrai, Poonh voyons, tu te mens... Tu sais bien que comme tous les êtres conscients tu es toute-puissante. Si tu veux aider Tell tu le peux. Si tu veux l'envelopper de tendresse et de chaleur, tu le peux. Les filaments. Ils ne sont qu'une émanation de ton âme, de ton désir d'étreindre l'autre, de prendre Tell dans tes bras et de la bercer, de lui donner ton amour. Pourquoi ne le fais-tu pas? Tu pourrais l'ouvrir, elle serait enfin libre. De curer la blessure, de se remettre debout, d'échapper à ses propres miroirs....Mais toi...de quoi as-tu vraiment peur qui t'empêche d'agir?
Isopérimétrie
Mon âme est agrandie
par tous ceux que j'aime
par tous ceux qui m'aiment (et qui ne sont pas forcément les mêmes)
par tous ceux qui me touchent
par tout ce qui me touche
mon âme est agrandie.
Parfois je me sens comme cette peau de boeuf de Didon...
Dinette
Petit visage d’enfant, minuscule sagette,
Rosi par les cris, le jeu, la joie
Éclairé par deux gouttes bleues
Où si souvent je me jette
Et de bonheur me noie,
Petit visage, le poème d’Emma
Qui dit la vie simple, le doux plaisir d’être là
Dans un grand sourire ouvert
Sur de petites dents de chat.
Enfance, merveilleuse enfance
Trésor à chérir, avec sa dinette
Dans la cabane de bois, ses déjeuners d’herbe
Et de pâquerettes
Ses cafés pour semblant, ses ballons rouges,
Et tous ces rires dont on se souviendra, demain
Tout au fond des tempêtes.
Mais pour l’heure, la joie rose d’Emma
Fait fi des futures tempêtes
Dans un éclat de rire tout blanc,
De petites dents de chat.
2009
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