L'An Nouveau



Une année s'éteint, une autre s'allume dans la gaieté des bulles et des cotillons.

Je vous souhaite une année belle, douce, en santé et en joie. Je vous embrasse très fraternellement.

A bientôt.

De Bonnes et Douces Fêtes à Vous


Noël 1963

Tout l'amour tente encor de gagner la bataille
La neige du jardin a pris son air d'été.
Dieu glisse doucement de la femme à la paille
L'aile de l'ange porte un peu de sang léger.

J'écoute quelque part marcher de lourdes bêtes,
La lune fait briller des tapis à leurs flancs
Et des rois costumés d'avance pour la fête
Avec des gestes ronds se parlent d'un enfant.

Cette année à Noël j'ai l'âge de la crèche,
Sa bonne chaude paille et le souffle profond
Du vieil âne et du boeuf qui réchauffent la neige.
J'ai mille ans de pitié enfermés sous mon front.

Que l'enfant est petit sans fin remis au monde!
J'ai mal en cette nuit pour les projets de Dieu,
Pour l'ange refusé, pour l'étoile qui tombe,
Pour ce qui est en route et pleure dans nos yeux.

Andrée SODENKAMP extrait de "Femmes des longs matins"

Mes Belles







J'ai écrit ce jour à mes Belles.
Mes belles misères et leurs beaux yeux de faon.
Mes belles qui passent, brunes et blondes
Et que les hommes ne voient pas.

Pépites, aux larmes de paillettes dans les remous du vent,
Que puis-je moi Poète, contre l'aveuglement?

Je puis des mots, doux comme ces langes
Que l'on plie en mandorle pour l'enfant nouveau-né.
Je puis le bercement de mes bras de jonc tendre
Ce moïse vivant que l'amour m'a donné.
Vous pourrez mes Belles, y poser vos chagrins
Mon cou est chaud où appuyer vos fronts
Et mon cœur fragile est aussi creux et accueillant
qu'un Graal.


2010



Notes de voyage








Après Murat,
sur la ligne blanche
qui sépare en deux le ruban noir
de la route
gisait l'ami renard
ensanglanté dans son admirable pelage
tel un roi assassiné dans son hermine...

Vers Grenoble, un jour de pluie
dans une trouée de lumière d'un vert tendre ruisselant,
sous le berceau sombre des arbres
la silhouette rousse d'une biche
me capture et m'enchante de sa grâce soudaine.

En allant sur Vocance.
Deux yeux pour voir, s'émerveiller toujours
de la beauté impériale
d'une grande buse posée sur un piquet
indifférente au flot des voitures et des gens
qui passent sans la remarquer.
Mais je t'ai vu, oui, je t'ai vu!



2011

Libérez les mots








Ne laissez pas dormir vos mots
au cercueil étroit des pages
ce sont de vivants oiseaux
prisonniers d'une morne cage.

Ouvrez la porte, rompez le papier
et d'une plume libre, donnez!
Ecrivez sur les murs, au ciel émargé
de l'océan virtuel, laissez-vous voler.

Découvrez le vrai bonheur
d'être ni caché ni acheté
et d'être comme l'Enseigneur
ce qui est ouvert quand tout est fermé...


2014



Vole, vole, petit oiseau de mots!!

Saisons des amours








Obok n’est pas le plus fort, ni le plus grand des grands mâles d’Akagari. Mais il a ma faveur. Et les deux plus belles poches testiculaires qu’on ai jamais vu de mémoire d’agak. Rouge vif, brillantes et gonflées à craquer de liquide fécondant. Sa seule richesse. Son seul intérêt.

Obok n’est pas très intelligent. Mais aucun des mâles ne l’est. Nous leur laissons gouverner Akagari et se faire la guerre, tant qu’ils ne dérangent pas nos jeux délicats et nos chaises longues. Ils sont grands et forts, nous sommes malignes. Chaque année à la saison des amours, ils croient choisir. Les naïfs. Nous choisissons. Moi, Aya-Aya, j’ai choisi Obok.

Depuis deux jours tiers temps, il concentrique autour de ma maison. Il respecte à la lettre les usages et les rites. Son appendice caudal trahit cependant son impatience en venant battre mes murs. C’est comme un tambour qui rythmerait la montée de son désir. Son pas se fait plus pesant à chaque heure qui passe sous l’ardeur des soleils jumeaux. Il attendra mon bon vouloir. C’est la Loi.

Je quitterai ma maison à mon heure. A ma guise. Je le laisserai parader, agiter ses plumes et son sexe sans bailler. Bien sûr, il aura pissé partout et je devrai supporter que cette ignoble puanteur supplante en mon jardin le subtil parfum des fleurs. Mais il faut bien jouer un peu leur jeu. Alors, je mettrai de la concupiscence dans mon oeil droit, et de l’admiration dans mon oeil gauche. Ma peau prendra une teinte rouge du plus bel effet, et je l’autoriserai à renifler mes parties intimes.


Après cela, tout ira très vite. Les mâles ne connaissent rien de ces amusements qui aiguisent l’appétit. Patiente, je me laisserai saillir, et dès qu’il aura payé son tribut, je lui ferai comprendre sans ménagement qu’il n’est plus chez moi le bienvenu. Il partira la queue basse, comme tous les autres. Dans quelques lunaisons, je mettrai au monde près de deux cents délicieux rejetons. Je choisirai le plus beau de tous pour mon enfant, et mangerai les autres. Ils sont si croustillants…