Bien sûr...

 


D'autres visages, oui

d'autres mots qui veulent séduire

des caresses et des soupirs,

tout glisse, rien ne me pénètre.

Je ris, oui

c'est ma chair qui veut encore jouir,

mais rien que le froid

dedans l'armure d'un hiver

qui ne veut pas finir.

Tristesse et lassitude, 

et toujours se tourne ma pensée meurtrie

vers toi, ton coeur chaud,

pour s'y pelotonner.


2022

Deux ans

 

Deux ans sans publier quoi que ce soit. 

Le laps de temps m'étonne moi-même. Je revenais bien de temps en temps voir s'il y avait encore un peu de vie par ici mais j'avoue ne pas avoir eu la force de reprendre la plume après les épreuves vécues. Pour ce qui est du deuil, je demeure coupée en deux, la partie raisonnable accepte le décès de ma mère, l'autre est toujours incrédule et doit faire un effort pour remettre sa tête dans le réel. S'ensuit encore souvent un rebond de chagrin. Je crois qu'il ne se tarira jamais. Jamais vraiment. Je suis très mauvaise pour ce qui est des adieux. Alors j'apprends à vivre avec, à accepter de verser des larmes si cela doit me faire du bien. Je le fais discrètement comme une chose honteuse, pour ne pas inquiéter les miens. C'est très étrange je trouve le chagrin, et chaque personne le vit très différemment.

Bref, le noir de la tristesse risque encore parfois de ressurgir par ici, d'avance excusez-moi.

Il est temps de se remettre en selle. 





Au long cours

 



Ma vie s'écoule lisse et tranquille

sur des galets tristes et gris.

Fendue ma montagne

avec des verdeurs trompeuses

et l'ubac transi.

Etrange soleil sur mes moraines,

du rire sur les larmes, de brusques frissons

dans l'août.

Etrange comme on respire un air 

devenu si aqueux, sans pourtant se noyer,

comme on marche encore dans un monde 

qui n'existe plus.

Malgré les douces promesses 

rien n'a entamé mon chagrin, 

je ne crois plus au Temps qui efface tout.


DT 11/2020


Damien  DREWNIAK


La lettre





J'ai caché ta lettre
entre les meilleures pages
de mes belles poètes.
Papier plié refermé sur un buisson ardent,
un incendie secret dans ma bibliothèque.
Tes mots restent un mystère
dont je n'ai pas la clé,
je ne sais pas te déchiffrer.
Mais quand je déplie la lettre
en tombent des étincelles
des étoiles par milliers,
aussi des velours et du miel,
des aubes sonores et des couchers de soleil.
Ce que je ne saurai lire
je sais bien l'entendre
tout cet amour murmure à mon oreille,
il m'appelle fleur, miroir, palais oublié
dans un désert
tu me reconnais
et je m'émerveille.




2020


Petites rimes









Fils de rien, moineau
pourquoi ces titres que tu te donnes,
fils de gueux tu revêts des habits royaux
mais d'où sors-tu cette couronne?

Vois je marche sur tes lys
humble et simple marguerite
et je pleure sur ton coeur qui m'évite
comme Myriam sur les pieds de son Christ.




2019

Chaque fois




Chaque fois que le lent mouvement des astres
qui régit l'univers
me ramènera vers toi
ne sauras-tu jamais m'accueillir
que pour me briser le coeur?
Tant de froide distance, de lippe pincée
de portes ouvertes puis refermées, dressé que tu es
sur ton propre rocher, tour à tour brûlant
puis frileux, triomphant et vaincu,
me refusant la parole
et moi les mains encore tendues.
Mais fragile sur mes deux pieds,
et si sûre de rien, car toi fuyant
instable, me donnant à nouveau le branle
le signal du départ pour que je m'éloigne,
me voilà à nouveau saisie
tirée en arrière, frappée par la voix trop claire
du clairon de la retraite,
me voilà emportée
dans le lent mouvement des astres,
où s'accordent ténèbres et lumière,
mais nous, jamais.


2019