Le dire...





J'ai osé. Lui dire que je lui parlais toujours avec douceur et patience. Que cette douceur et cette patience étaient naturelles chez moi et en aucun cas le fruit d'un effort, d'une volonté. Que je n'étais que bienveillance envers elle. Et que je méritais en retour la même bienveillance. Non comme un "dû" mais comme une reliance d'amour. Un ouroboros lumineux.

Je ne m'explique pas pourquoi j'ai ressenti une telle honte à énoncer une vérité simple.

Parfois je ressens une telle fatigue à être juste ce que je suis. A être doucement humaine dans un espace où tous se déchirent à pleines dents. En famille. Entre gens du même sang. Alors je me mets à planer au-dessus d'eux. Au-dessus de tous ces gens blessés que je ne peux pas réparer parce que parler est impossible.




Bobin





Lauri Lohi








"Aujourd'hui mon amour je suis trop fatigué pour t'écrire. Tu trouveras dans ton coeur une lettre de plusieurs pages, remplies de silence. Lis-la lentement. La lumière de ce jour l'a écrite en mon nom. Il n'y est question que de toi et de ce repos qui me vient chaque fois que je tourne mon visage vers ton visage là-bas, à plusieurs centaines de kilomètres"..


Christian BOBIN - L'Enchantement simple

Ma réalité...






Bonne Saint Valentin à toutes et tous...

Merci Jacques





      Très touchée par ce texte et cette voix découvertes chez Jacques du blog Le monde est plus grand que nos yeux




Bobin




"Toute rencontre m'est cause de souffrance, soit parce qu'elle n'a lieu qu'en apparence, soit parce qu'elle se fait vraiment et c'est alors la nudité du visage de l'autre qui me brûle autant qu'une flamme."

Christian Bobin  "Ressusciter"


Françoise de Felice

Demain



Demain j'y verrai mieux
demain
peut-être oserai-je regarder la nuit qui s'avance
bordée d'étoiles:
tous les miens.
Demain je verrai de plus en plus clair
j'avancerai sans peur
dépouillée de mes opprobres
et puis enfin, de mon corps,
cette chose qui déjà m'abandonne
brûlée de l'intérieur
par un trop grand soleil,
une âme trop vieille
qui fait les visages trop nus
les autres trop humains,
ma douleur, mon impuissance.
Demain je passerai
la porte si étroite que je laisserai tout
en arrière, la peau claire, les tâches de son
les cheveux fins, le dos sensible
qui se souvient d'ailes peut-être,
les cicatrices auront séché
n'en restera rien même pas la nacre,
mais je garderai l'Amour
et la pleine Lumière.



2017
Elvira Amrhein

Fil à fil





Fil d'or, fil d'air
qui nous lie par les reins
comme gerbe
de blés blonds
de lumière
et nos têtes nos pensées
toujours se frôlent
se caressent se cajolent
veillent
l'une à l'autre
quand nos nuques plient
pleines de la grâce
d'un amour d'or
et d'air.


2016

En son milieu



Par là
c'est déjà la nuit,
le coin de l'oeil gauche s'effraie
de ses longs bras tentaculaires
qui empoignent au ciel, les restes de lumière
et les engloutit.

Mon oeil droit s'accroche fébrilement
au sillage d'un soleil disparu,
ultimes flamboiements d'or pur
qui sombrent là-bas,
au ras d'un horizon vaporeux.

-encore, encore, donne-m'en encore-

Le monde fait la bascule
d'un coup tout est fini.

Voilà mes deux yeux dans la nuit.
Je n'aime pas la nuit
Je n'aime pas la nuit
Et les étoiles ne me rassurent plus.


2017 ...sur la route, vers Angers.

Chez moi


Parce que c'est d'une beauté à couper le souffle, que cette vidéo est une merveille. Parce que je connais bien cette route pour l'avoir souvent empruntée avant qu'elle ne soit fermée. Parce que c'est "chez moi" et que j'aime mon coin de France, que j'y suis profondément enracinée. Parce que la beauté doit être partagée...







Forgotten Road Grand Goulets - DJI Phantom 3 Advanced from lempreinte Photo Drone on Vimeo.

Amours parallèles



Comme un papillon
une pincée de lumière, ronde
sur l'épaule
cela nous suit, parfois marche
à nos côtés
quand on se fait légers, légers
qu'on laisse toute la chair
en arrière, qu'on ne garde que le battement,
l'écho du battement,
le reflet sur la pierre,
ce diamant qu'on ne taillera jamais,
- et pour quoi faire-
puisqu'on vit un amour parallèle,
qui nous suit, parfois nous précède,
fait la ronde et nous encercle
sans nous tenir prisonniers,
puisque nous marchons côte à côte
sans jamais nous toucher,
et pourtant transpercés
par la même flèche tirée
en plein soleil et que marchant
côte à côte, nous en sommes
réchauffés.



2017
Christian Schloe