Je te salue Marie



Christian Schloe





Je te salue Marie, pleine de grâces,
toi qui a trouvé la force et le courage
parce que la mort était en retard 
de sacrifier ce qu'il y avait de plus grand en toi:
ton amour pour ton enfant.



2016

Ultime don de Soi.



Marie H. hante mes pensées chaque fois que les indices sont mauvais, chaque fois que les preuves de l'effondrement de notre monde sont là, chaque fois que ceux qui vont bien veulent "briser le système", chaque fois que je ne parviens plus à percevoir la palpitation légère de l'espoir.

Même mes rêves sont remplis de toi...

Etincelle






Parce qu'elle sinue paisible
en fleuve d'huile
ma vie rêve d'orage

parfois

de grondements de plomb bleu
et d'une poignée d'éclairs.

Par dessus le miroir
elle s'autorise la vibration
du coup de tonnerre,
l'éblouissement, la Lumière.

Mon Moi contient deux elles:
l'une est d'huile
l'autre est de feu,

au milieu                l'étincelle.



2016
Daria Petrilli

En vérité...



..je n'ai jamais ressenti de sentiment amoureux pour qui que ce soit de ce côté du miroir.

C'est un fait. Je l'ai compris il y a quelques jours. Si j'avais dû succomber au charme d'un homme, cela aurait été à celui de J.  il y a une dizaine d'années. Il était beau et doux, un peu cassé, j'ai tout de suite eu un grand coup de coeur. Mais ce n'est pas allé plus loin que ça: un coup de coeur.

J'ai beaucoup rêvé. Mais je n'ai fait que ça. Et je continue à dériver avec ma tête et mon coeur. Rien de plus. Si j'écris à un homme, si j'écris à propos d'un homme, il est purement imaginaire. Pour écrire au sujet d'une personne il faut bien la connaître, et alors tant encore nous échappe. Je ne connais personne "bien" par ici. Je ne reçois que des effluves de vous. On écrit jamais qu'à partir de Soi en fin de compte.

Je ne cherche pas l'aventure, je ne cherche pas même à flirter. Mais je cherche la tendresse humaine, ça c'est vrai. Aussi ce n'est pas parce que je ne suis pas toujours d'accord avec mes vieux camarades que je ne les aime pas tendrement.

J'écris surtout à l'Amour. En vérité si je suis amoureuse, c'est seulement de l'Amour.

J'ai de tendres amitiés, mais ce n'est que ça. Et c'est déjà pas mal je trouve...




Froid dans le dos

Choi Xooang



Tu étais là
comme deux ailes
entre mes épaules
avant la Porte
l'arrachement de la naissance.

Tu en as perdu la mémoire.

J'en ai retrouvé peu à peu
l'effroi.

C'est un sel dans ma bouche,
un déséquilibre quand je marche,
une absence de poids dans le réel
pour n'y poser rien qu'un pas.

Il me faut vivre connaissant
ton absence,
marcher bancale et blessée
en attendant l'autre monde
où nous serons ré-assemblés.


2016
   


Gaston






Toi s'échappant de moi
moi s'échappant de toi
pour à nouveau nous confondre d'attirance
ainsi nous sommes ce couple ininterrompu
tour à tour désassemblé et réuni à jamais.

  Gaston Miron

Au revoir mon amie



La conversation est restée en suspens dans la petite fenêtre du tchat.

C'est comme si tu allais revenir et la reprendre où nous l'avons laissé. Je ne peux pas la supprimer. Il y a dans ces dernières paroles échangées tant de bleu et de rose. Le bleu de tes doutes, de tes craintes, et le rose soudain de cette décision de faire enfin ce recueil de textes mythologiques que j'aimais tant (et d'autres avec moi). Et cette Perséphone, cette "fille courbée", elle m'a tellement parlé de toi..


La conversation est restée en suspens. Imagine-t'on que l'on ne va jamais revenir la terminer? Imagine-t'on que l'on va périr aux alentours de Noël? Imagine-t'on que l'on va foudroyer les siens et tous ceux qui nous aime, les laisser pétrifiés de stupeur? Non, tu me parlais comme nous parlons tous: comme si nous étions éternels.

Mais nous ne le sommes pas. Hâtons-nous de dire à ceux qu'on aime la lumière qu'ils nous inspirent, la lumière qu'ils font dans nos yeux, nos poitrines, nos têtes. Et même nos ventres parfois quand c'est Lui qui nous parle.

Frappée par une foudre sans bruit. Une foudre qui a laissé un sillage de fumée noire, un crêpe de deuil. Pas plus que je ne peux "croire" à la mort des miens, je ne peux pas croire à la tienne. Ta voix, ton coeur inquiet, ton âme pleine de cette solitude fondamentale, sont restés en suspens. Beaucoup de bleu et cette pointe de rose, cette étincelle qui aurait pu tout rallumer si ton coeur ne s'était pas éteint...

Désormais quand Noël approchera, j'aurai des papillons qui voleront vers toi. Comme j'en ai en juin pour notre amie Danielle.

Ma chère Agnès, je n'arrive pas à croire que tu ne viendras plus toquer sur la porte de mes silences, je laisse notre conversation en suspens dans sa petite boite, qui sait, nous la reprendront peut-être plus tôt que mon insouciance le croit...

Philippe MOREL



A voir dans son atelier







Résurgence



Après qu'il soit parti.

Après qu'il l'ait abandonné au sol comme un fruit mordu.

Pelée brutalement de tout ce qui la recouvrait
- maigres remparts de toile -
elle n'a pas bougé.

Elle a regardé les étoiles.


Elle a regardé les étoiles, leurs faces pâles
et désolées, mais qui encore brillaient,
palpitaient dans la nuit de l'homme,
en perçaient toute l'obscurité
pour s'en sauver.
Elle n'avait plus que deux yeux
qui regardaient les étoiles,
et ce corps fouillé, martelé de coups de reins sauvages,
elle refusait d'en percevoir la douleur
l'affreux outrage:
ce n'était pas le sien.


Elle regardait les étoiles,
et les étoiles   - une à une -   sont tombées,
ont coulé sur son front, sur ses lèvres sèches de cris,
sur ce corps nu inerte, abandonné

à la lumière maternelle 
et lentement, très lentement
les étoiles 
l'ont lavé du viol,

doucement ramené du côté de la Vie.

2016



...




J'ai peur


J'ai peur.

Etrange ce mot qui semble inachevé. PEUR.
Quatre lettres qui me nouent jusqu'à l'âme.

Oh pas besoin que vous me chantiez le couplet du "inutile d'avoir peur puisque ça ne changera rien".
Oui certes.
Pour l'heure j'ai mal au ventre, à l'âme, je me sens pat, prisonnière d'un jeu où je ne suis plus
-comme des milliards d'autres-
qu'un PION.

Et plus encore j'ai peur pour toi mon ange
qui n'a pas demandé ta douleur
mais qui l'a reçu au creux le plus doux de ton enfance.
J'ai peur qu'un jour il n'y ait que l'argent-roi et plus rien
pour les gueux,
j'ai peur qu'on te laisse mourir sans vergogne.

Et par-dessus tout, j'ai peur de devoir comme Marie, comme Marie...









Sous le boisseau




Je vois une très faible lumière
un or pétillant d'une vie nouvelle
dont quelques modestes éclats tentent encore
d'échapper à l'huile noire d'une nuit d'encre
qui tombe de main d'hommes sur les hommes
comme un sable sans fin
et la lumière palpite si faiblement
que je crains qu'à tout instant
l'obscurité l'emporte.

C'est aujourd'hui ou plus jamais
que les peuples du monde se dressent
et vont partout assemblés, le front barré d'étincelles.

Deux voies étroites s'offrent à nous,
l'une va vers la lumière, l'autre vers notre destruction.


2016